[Actualité] Un navire néerlandais pris en flagrant délit de transporter des armes vers la Libye

(B2) Le cargo MV Meerdijk, battant pavillon néerlandais, a été pris en flagrant délit de violation de l’embargo sur les armes vers la Libye.

Le Mv Meerdijk transportant au vu et su de tous les véhicules blindés (Photo : EUNAVFOR Med Irini)

Une inspection fructueuse des marins européens

L’information a été officiellement confirmée par l’opération maritime de l’UE, EUNAVFOR Med Irini, dans un communiqué, publié mercredi (9 novembre). L’inspection effectuée le 11 octobre sur le navire au large de la Libye a permis de découvrir des « dizaines de véhicules modifiés pour un usage militaire ». Le matériel a été saisi et le navire dérouté sur « un port européen » L’opération européenne n’a voulu donner aucun autre détail (1).

(Photo : EUNAVFOR Med Irini)

Une inspection effectuée en pleine coopération

L’inspection a été opérée par les marins grecs du navire-amiral de l’opération, le FS Aegean. Elle a été opérée sans opposition. « Les propriétaires et les gestionnaires ont pleinement coopéré à l’inspection par l’opération Eunavfor MED Irini et ont apporté leur plein soutien à leurs enquêtes » assure un responsable de la compagnie propriétaire du navire. Du côté de l’opération, on confirme cependant que les Pays-Bas, en tant qu’État du pavillon du navire, ont donné « sans délai leur consentement » à l’inspection.

Des véhicules de fabrication émiratis

Cette inspection a permis en effet de localiser des véhicules à usage militaire, apparemment du type de ceux fabriqués par le fabricant émirati. Apparemment des véhicules 4×4 blindés de type BATT UMG du fabricant américano-émirati TAG (The Armored Group). Ces véhicules sont non armés, mais ils peuvent très facilement être équipés de lance-grenades, voire de mitrailleuses.

Pour le compte des Émirats

Selon les informations maritimes en notre possession, le navire venait de Al Hamriyah aux Émirats arabes unis. Après avoir traversé le canal de Suez, il se dirigeait vers la Libye. Plus exactement l’Est de la Libye. Les Émirats soutenant le clan Haftar.

Dérouté vers Marseille

Le MV Meerdijk — qui appartient à la compagnie néerlandaise Vertom et a pour port d’attache Groninghen — a été dérouté sur le port de Marseille (lieu désigné dans le plan d’opération comme port de diversion). Il a été immobilisé cinq jours (entre le 16 et le 22 octobre), avant d’être autorisé à repartir, de poursuivre son voyage et ses activités. Il est arrivé ainsi à Poti en Géorgie le 30 octobre.

Le matériel saisi

Le matériel à bord a été saisi et déchargé au port, après inspection par des experts du comité sanction des Nations unies. « Aucune accusation n’a été portée contre l’équipage du navire, ni contre le propriétaire et les gérants », assure-t-on du côté du propriétaire qui plaide la bonne foi. Contacté par B2, « le propriétaire et les gérants » du MV Meerdijk  ont assuré prendre « très au sérieux leurs responsabilités », en se conformant à « toutes » les lois applicables et « à toutes » les sanctions. « Avant d’entrer dans les opérations de fret, le propriétaire et les gestionnaires s’efforcent toujours de s’assurer que tous les permis et documents nécessaires ont été délivrés par les autorités compétentes. »

Des précédents

C’est la seconde saisie du genre en moins de trois mois et la troisième depuis le début de l’opération. En septembre 2020, un tanker norvégien transportant du fuel à usage militaire avait été saisi (lire : Un navire soupçonné de violer l’embargo vers la Libye intercepté par l’opération Irini).

Le cas du MV Victory Roro

Le 18 juillet dernier, un navire battant pavillon de la Guinée équatoriale, le MV Victory Roro, avait été aussi arraisonné et dérouté sur un port européen. L’inspection menée par les marins italiens avait permis de découvrir des dizaines de véhicules conçus ou modifiés à des fins militaires destinés à la Libye. Sans grande surprise pour les spécialistes du trafic d’armes vers la Libye.

Un abonné à la violation de l’embargo

« Depuis longtemps, [il est] soupçonné de transférer du matériel militaire vers la Libye » affirme-t-on du côté d’EUNAVFOR Med Irini. Sous le nom de MV Luccello, battant pavillon des Comores, le navire avait ainsi été identifié par le groupe d’experts de l’ONU sur la Libye comme ayant livré des véhicules militaires début mars 2022.

… suivi à la trace

Il était donc suivi à la trace par les militaires européens. Il avait ainsi tout d’abord été localisé par un avion de la marine française, affecté à l’opération IRINI, « après avoir traversé le canal de Suez et pénétré dans la mer Méditerranée ». Sur mer, la frégate hellénique HS Themitokles avait, à distance, surveillé le navire durant sa route avant que la frégate italienne ITS Grecale ne prenne le relais pour effectuer l’inspection.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Documents :

  • le communiqué du 9 novembre 2022 sur le MV Meerdijk
  • le communiqué du 20 juillet 2022 sur le MV Victory Roro
  1. La veille, le 10 octobre, la Turquie avait refusé une inspection similaire pour un des navires portant son pavillon, le MV Matilde A.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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