Le gouvernement belge expulse sans vergogne une jeune femme iranienne (v2)

(B2) Elle est Iranienne, âgée de 20 ans à peine. Comme celles qui manifestent en Iran. Elle demandait l’asile en Belgique. Sans succès. Elle vient d’être expulsée vendredi. Expulsion par les Belges, qui n’ont pas pris de gants.

C’est de l’aéroport de Bruxelles vendredi que la jeune Iranienne a été expulsée © Brussels Airport / Archives B2

La Belgique a décidé d’expulser Aisha * d’où elle venait, vers l’Iran via Istanbul. Sans remord. Sans tenir compte du contexte actuel de répression en Iran, notamment contre les jeunes femmes ou de sa situation personnelle (1). Sans attendre le résultat du recours engagé devant le tribunal.

Deux premières tentatives échouent

La jeune Iranienne a refusé, a résisté. Les premières tentatives d’expulsion via l’aéroport de Brussels Zaventem ont échoué. Le 14 septembre, tout d’abord. Aisha * résiste : le pilote refuse de l’embarquer. Sur le chemin du retour au centre fermé, elle est « harcelée et rouée de coups » indique son comité de soutien. Deuxième tentative, le 20 septembre, par la force. Poings et pieds attachés, escortée par deux policiers, elle manifeste clairement sa résistance en criant. Les passagers la soutiennent au point qu’elle finit par être sortie de l’avion.

Remise dans un vol de Turkish Airlines

Troisième tentative vendredi (23 septembre), le jour même où elle doit être entendue devant le tribunal pour plaider sa libération. Tout d’abord le matin. Le même scénario que le 20 se produit. Menottée, elle résiste. Les passagers protestent. Elle est de nouveau sortie de l’avion. Mais les policiers la remettent dans un autre avion : le vol Turkish airlines TK 1944 de 14h50. Elle résiste encore. Mais cette fois, les passagers ne réagissent pas. L’avion décole et se pose sans encombre en fin d’après-midi à Istanbul. Sur place, elle réussit à échapper à la vigilance et à se mettre à l’abri.

Expulsion heurtée

Les policiers belges ne semblent pas y avoir été de main morte. Aisha * porte des bleus sur son corps. Elle devrait être examinée par un médecin. Ce qui pose des questions sur les méthodes de la police. On est, jour pour jour, 24 ans après l’affaire Adamu, cette jeune Nigériane décédée lors de son expulsion par les policiers belges. Morte asphyxiée par l’utilisation de la méthode de l’oreiller – pour la “calmer”, le 22 septembre 1998. Cela avait entraîné la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque, Louis Tobback (SpA).

Les méthodes de la police en question

Certes les conséquences ne sont pas aussi graves. Mais les brutalités, si elles sont avérées, interpellent. La ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden et sa secrétaire d’État chargé de l’Asile, Nicole de Moor, tous deux membres du CD&V, le parti chrétien-démocrate flamand, pourraient devoir s’expliquer surtout si le comité P (la police des polices) est saisi.

Les dires et les actes

Au point de vue diplomatique aussi cette expulsion interpelle. La ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib, a condamné (timidement) la répression en Iran. L’Union européenne vient de condamner fermement la répression, en vain. Elle semble peser très peu au regard de la politique d’asile. Le gouvernement dirigé par Alexander De Croo (MR/Libéral) a décidé d’être ferme. Peu importe ce qui se passe dans le pays d’origine, l’Iran. Dans les actes, il procède d’une manière similaire au pouvoir des mollahs en Iran : détenir, bastonner et lui faire risquer la mort.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour le 26.9.2022 au matin avec les détails sur la série d’expulsion et sa situation personnelle

* Nom d’emprunt afin de protéger son identité.

  1. La jeune femme est menacée de mort par sa famille car elle a fui un mariage organisé. Une famille influente. Arrivée fin juillet 2022 en Belgique, elle est arrêtée et mise en détention au centre fermé Caricole de Steenokkerzeel. Sa demande d’asile est rejetée. Mais ce refus est contestée par elle-même et son avocate, Monica Bemba.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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