L’ancien bateau de Florence Artaud attaqué en Mer Rouge près du Yémen

(B2) Il était 7h46, jeudi (19 mai), quand le centre de sécurité maritime (MSCHOA) de Brest de l’opération maritime anti-piraterie a reçu une alerte. Un trimaran à voile, le Lakota, pavillon de Hong Kong, est l’objet d’une attaque par des pirates.

Les marins du Bergamini accostant le voilier Lakota dans la nuit (Photo : EUNAVFOR Atalanta)

Près des côtes du Yémen

Le bateau SV Lakota se trouve alors dans le sud de la Mer Rouge, près du détroit de Bab-el-Mandeb, au sud-est du port de Hodeidah. Il vient des Philippines, direction la France, via Djibouti, Mais il a choisi de naviguer proche des côtes « en raison des risques de navigation ». Une erreur sans doute, « due à une panne de GPS », précisera plus tard un communiqué d’Atalanta, se voulant conciliant. « Trois petits navires, avec à leur bord cinq personnes », foncent vers lui (1). Ils tirent « une vingtaine de coups de semonce », raconte une source militaire. Il n’y a pas de doute sur leur intention non pacifique. Pour bien montrer leur détermination, ils « montrent des lance-roquettes et des fusils d’assaut ». L’un des assaillants tente même « de monter à bord du navire » et réussit à y prendre pied un instant.

L’alerte frémit sur Mercury

Très vite, l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta partage ses informations, via sa plateforme d’information Mercury, avec tous les acteurs maritimes concernés de la zone, notamment avec le Britannique, bien connu des marins, le UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations). Un vieux compagnon de route de toutes les marines marchandes, comme de l’opération Atalanta.

L’ITS Bergamini fait chauffer les moteurs

La frégate italienne ITS Bergamini, qui patrouille au large de Djibouti, met “moteurs toutes” pour se rapprocher du lieu de l’incident. L’hélicoptère de bord décolle, permettant d’aller très vite localiser le voilier et de fournir éventuellement une première assistance à l’équipage. Entretemps, le voilier a réussi à échapper à ses poursuivants, grâce aux mesures d’évitement (accélération, zigzag, etc.). L’approche de l’hélicoptère a un autre intérêt : il permet de recueillir des preuves.

L’approche de l’hélicoptère

L’équipage du SV Lakota fournit aux équipiers d’Atalanta une vidéo de l’attaque. Cette vidéo va être « maintenant analysée par Atalanta et les conclusions seront partagées avec nos partenaires impliqués dans la sécurité maritime de la région », indique l’opération. En clair, s’il n’est pas possible d’identifier clairement les attaquants, on pourra au moins en connaitre davantage leurs modalités d’attaques, leur provenance, voire de les croiser avec la base de données d’Atalanta. Arrivée sur place, la frégate italienne a pris en charge le navire, l’escortant jusqu’à Djibouti, son port de départ, « jusqu’à ce que les garde-côtes djiboutiens prennent le relais devant le port d’Obock », précise l’opération dans un communiqué transmis à B2.

Un bateau de légende !

Si le Lakota ne dit rien à la plupart d’entre nous, rappelez-vous que son premier nom était Pierre Ier, le légendaire navire avec lequel Florence Arthaud a gagné la Route du Rhum 1990 et est devenue ainsi la première femme à gagner une régate de niveau majeur. Vendu et renommé Lakota en 1993, il a fini en 5eme place de la Route du Rhum 1994, avec son nouveau propriétaire et skipper, l’Américain Steve Fossett. Il est ensuite passé dans d’autres mains, gagnant au passage plusieurs courses, avant d’être mis en vente (voir le site de Bernard Gallay) et racheté par Philippe Poupon, pour participer à la prochaine route du Rhum Guadeloupe. (Départ de Saint Malo le 6 novembre 2002). À bord trois personnes, le propriétaire du navire, un marin philippin et un autre skipper, comme le racontent nos collègues de Mer et Marine.

Le SV Lakota en mer rouge (Photo : EUNAVFOR Atalanta)

NB : La classification finale de l’incident (acte de piraterie, tentative d’attaque ou autre) n’est pas encore finalisée. Différents faits sont encore à éclaircir, les circonstances n’étant pas encore tout à fait claires. Elles seront fournies par l’opération dans le bulletin de menace publié par l’industrie maritime.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Le nombre reste flou. Il y avait « au moins deux petits navires », précisera-t-on plus tard

Lire aussi : Une certaine imprudence !

Mis à jour le 25 mai avec des précisions sur l’attaque, l’escorte

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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