(B2) L’outil n’est pas encore totalement implanté. Mais les premiers résultats le prouvent. Il s’avère déjà performant. Du moins ses concepteurs n’en sont pas peu fiers.

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Internet : le nouveau terrain de bataille

Tout est parti d’un constat. Alors qu’internet et les réseaux sociaux sont devenus un terrain de conflictualité, l’Alliance atlantique n’avait pas vraiment d’instrument pour appréhender les phénomènes qui s’y déroulent.

La défaite médiatique de la Crimée

Par exemple, lors de l’annexion de la Crimée, et de l’offensive de la Russie à l’Est de l’Ukraine, « nous nous sommes aperçus que, bien avant l’intervention russe [en Crimée], il y a avait des mouvements sur les réseaux sociaux, sur des sites, pour justifier la présence russe » dans la presqu’île ukrainienne. Idem pour l’Est de l’Ukraine. Le ‘bien avant’ ne se compte pas en jours, mais en semaines. Dès le début de Maidan. Une sorte de préparation psychologique en quelque sorte, visant à conditionner l’adversaire, à le convaincre qu’agir est inutile.

Objectif : garder la supériorité du connaître

L’OTAN, qui s’est fait surprendre alors par la Russie, ne veut plus réitérer une telle impasse. Le commandement de la transformation de l’Alliance (ACT) a ainsi développé un outil — dénommé ‘Merlin’ — en liaison avec une agence gouvernementale US spécialisée dans l’analyse des données. Objectif : avoir une perception des informations échangées sur internet et les réseaux sociaux et garder à l’OTAN sa supériorité cognitive. C’est-à-dire la possibilité de bien comprendre les enjeux et ainsi d’agir en amont d’une crise… et non après.

Un dispositif en cours d’apprentissage

Ce prototype a été développé avec l’intelligence artificielle. Mais il est encore en cours d’apprentissage. « On paramètre certains pays, certaines zones, certaines types de sujets que l’on veut suivre. » De façon concrète, chaque item ou mot qui est entré dans la machine est scruté de façon attentive. Cela permet de détecter la montée en puissance (le nombre de hit) quelque part sur la toile d’un item, d’analyser son évolution au cours des heures ou des jours, ou au niveau géographique. Peu importe la forme du message ou l’instrument utilisé : news, billets de blogs, tweets, messages Instagram ou sur d’autres réseaux sociaux. La reprise par plusieurs centaines de comptes twitter du même message est un indicateur.

Un dispositif adapté à chaque QG

Chaque quartier général de l’OTAN va ensuite pouvoir accéder aux informations en fonction de son centre d’intérêt. Naturellement le QG (JFC) de Naples (Italie) sera plus captivé par ce qui se passe au Sud, au Moyen-Orient, en Méditerranée. Tandis que le QG (JFC) de Brunssum (Pays-Bas) sera plus intéressé par ce qui se passe dans la zone Nord. Le « défi principal » reste cependant que « l’environnement informationnel évolue énormément. On doit en permanence adapter le système. » indique un des concepteurs du système. « Il faut être sûr de capturer tout ce dont on a besoin ». Précision importante : il n’y a pas de collecte nominative. « Ce n’est pas Cambridge Analytica ici », plaisante-t-il.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Norfolk)

Cet article fait partie d’une suite sur les instruments mis au point par le Innovation Lab’ de l’OTAN. Il suit la visite au commandement de l’ACT effectuée fin septembre.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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