Tensions dans le Nord du Kosovo. EULEX se déploie. La KFOR patrouille

(B2) Depuis quelques jours, chacun veut montrer ses muscles près de la frontière entre Serbie et Kosovo. Les policiers et militaires européens et de l’OTAN s’interposent

Les plaques serbes ne sont plus acceptées au Kosovo. Ici, en février dernier, à Mitrovica (Nord du Kosovo) (B2/AP)

La tension monte sur le terrain

Police, blindés et même avions

Du côté kosovar, des véhicules blindés de la police spéciale kosovare ont été déployés dès le lundi 20 septembre, du côté kosovar vers les points frontières de Jarinje et Brnjak. Du coté serbe, des véhicules blindés, aussi ont été acheminés non loin de la « ligne administrative » ou frontière. Des tanks T-72s modernisés avec une nouvelle optique, comme le rapporte B92 (média serbe) samedi 25 septembre. Des Mig 21 de l’armée de l’air ont même survolé à plusieurs reprises la frontière ce week-end.

Belgrade soutenu par Moscou

Le ministre serbe de la Défense Nebojsa Stefanovic et son chef d’état-major ont rendu visite aux unités stationnées à la frontière administrative. Le tout en compagnie de l’ambassadeur de Russie, Alexander Botsan-Kharchenko, comme le rapporte un journaliste. Histoire de bien montrer que si le Kosovo est soutenu par l’OTAN, la Serbie n’est pas isolée et peut compter sur le soutien d’au moins un membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce mardi 28 septembre, N. Stefanovic en rajoute une couche : « l’armée a relevé son niveau de préparation au combat sur ordre du président serbe Aleksandar Vucic », selon B92.

En cause, un banal conflit de plaques d’immatriculation

La cause de cette montée d’adrénaline : une question banale en apparence. Quelles plaques d’immatriculation doivent porter les voitures au Kosovo ? Une plaque kosovare, jure Pristina, l’État du Kosovo étant indépendant depuis 2008. Une plaque serbe, réagit Belgrade qui n’a jamais reconnu complètement l’indépendance de cette ancienne province autonome yougoslave. Et considère toujours les habitants du Kosovo (au moins les Serbes) comme ses administrés. On le comprend bien, derrière ce problème de vie quotidienne, se cache une vraie question géopolitique : reconnaitre ou pas le Kosovo (1).

L’accord intérimaire qui a pris fin

La reconnaissance des plaques était un point important du Brussels Agreement, dans le cadre du Dialogue Belgrade-Pristina (2). Un accord était intervenu, entré en vigueur en 2016, mais uniquement à titre intérimaire, pour une période de cinq ans. Cet accord a pris fin. Et le Kosovo a décidé tout bonnement il y a deux semaines d’interdire la circulation des véhicules kosovars avec une plaque serbe sur son territoire. Autre raison avancée : le premier ministre kosovar parle de « réciprocité de mesures », rapportent des médias, car la Serbie interdisait avant cela les plaques kosovares sur son territoire.

Présence européenne et euro-atlantique renforcée

Conformément aux plans de sécurité, les Européens d’EULEX Kosovo et les Otaniens de la KFOR ont commencé à se renforcer sur place — au Nord Kosovo uniquement.

La police de EULEX déployée depuis une semaine

Des équipes de l’Unité de police constituée (FPU) d’EULEX (la mission de l’Union européenne pour l’État de droit au Kosovo) sont déjà « déployées depuis le 20 septembre » aux points de passage communs (CCP) de Bërnjak/Tabalije et de Rudnica/Jainjë, actuellement bloqués, explique Ioanna Lachana, porte-parole de la mission. Leur rôle est « la reconnaissance afin de surveiller la situation sécuritaire sur le terrain ».

Gardiens de la sécurité du Kosovo

L’unité de police d’EULEX a ainsi répondu à la demande officielle de la Police du Kosovo. Elle intervient dans son rôle de deuxième intervenant en matière de sécurité au Kosovo (second security responder). C’est-à-dire pour soutenir la Police du Kosovo en cas de besoin. Elle est en passe d’être soutenue par la troisième ligne de renfort (third security responder), les forces de l’OTAN.

Le nombre de patrouilles de la KFOR augmentée

La KFOR a ainsi été déployée depuis lundi (27 septembre) dans le Nord Kosovo. Des soldats américains, canadiens et polonais précise Kosovo Online. Les forces de l’OTAN « ont augmenté les patrouilles le long des principaux axes de circulation affectés par les barrages routiers » et « [déployé leurs] unités aux points de passage frontaliers de Jarinje et Brnjak », où se massent également manifestants et barricades, nous confirme le commandant de la KFOR, le général (italien) Franco Federici (3). 

Objectif : faire baisser la pression

Ces mesures adoptées par l’OTAN ont trois objectifs, détaille notre interlocuteur : « favoriser une désescalade rapide des tensions et restaurer un environnement sûr et sécurisé, ainsi que la liberté de mouvement pour toutes les communautés du Kosovo ». Le tout a été « préalablement discuté par le commandant de la KFOR avec toutes les institutions du Kosovo et avec les maires des municipalités du Nord », nous précise le commandant de la force.

A noter que les attachés de défense américain et canadien ont également fait le déplacement visitant les deux points frontières de Jarinje et Brnjacka « pour mieux comprendre la situation ». « Heureux de constater que la KFOR est sur place en tant que facteur de stabilisation » indiquent-ils dans un tweet.
Attachés de défense américains et canadiens (Crédit : Ambassade US à Belgrade)

Une présence exceptionnelle

Ce n’est pas dans les habitudes de la Police du Kosovo de demander des renforts internationaux. La dernière fois que les Kosovars ont demandé à EULEX d’intervenir remonte au 28 mai 2019. C’était aussi dans le nord du Kosovo. EULEX avait alors « augmenté la fréquence des patrouilles des unités de police constituées pendant plus d’une semaine, à la suite de l’opération anti-contrebande menée par la police du Kosovo le même jour », rappelle à B2 Ioanna Lachana.

(Aurélie Pugnet)

  1. La Serbie reconnait de facto l’indépendance, mais pas de jure.
  2. Des négociations entamées depuis plusieurs années entre Serbie et Kosovo sous l’égide de l’Union européenne, avec l’objectif de « normaliser » leurs relations.
  3. La KFOR agit « conformément à son mandat, qui découle de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies de 1999 » nous rappelle le général.

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