High tech. Les forces spéciales poussent à l’imaginaire

(B2) Tous les deux ans, début juillet, le SOFINS donne rendez-vous pendant trois jours aux forces spéciales des armées pour découvrir les nouveaux produits pouvant être utiles pour leurs interventions. Parmi les exposants, quelques « géo-trouve-tout » ont été plus particulièrement repérés par les professionnels. Retour sur la 5e édition, qui s’est déroulée les 29, 30 juin et 1er juillet 2021

Le salon SOFINS (Special operation forces innovations network seminar) a pris ses quartiers sur la base du 13e RDP de Martignas-sur-Jalle, en périphérie bordelaise, dans le sud-ouest de la France. S’y sont retrouvées des forces spéciales venues du monde entier (42 délégations étrangères se sont déplacées cette année), au milieu d’exposants (près de 250), d’industriels, de PME, d’opérateurs, etc. C’est une « alchimie » imaginée « pour être à la pointe de l’innovation ». Un « cercle vertueux » entre technologies, terrain, combat, retour d’expérience résume le Général de division Eric Vidaud, commandant du Commandement des opérations spéciales (COS). À l’origine, il y a le Cercle de l’Arbalète (l’organisateur, pour le compte du COS). Et un homme, Benoît de Saint-Sernin, son président. Ces innovations irriguent ensuite toutes les armées.

Exercice de parachutage, sur une aire de démonstration, pendant le SOFINS (crédit : ES/B2)

Un salon (presque) ordinaire

Dans les allées du salon, on se croirait presque à la foire de Paris côté équipements : chaussures, accessoires audio, drones de toutes tailles, paniers-repas, bateaux gonflables, parachutes de largages, cargo parachutes, tentes… Le vert l’emporte sur la couleur des costumes des mannequins. Dans les stands, on teste, on tâte, on discute. On peut glisser la tête dans un hélicoptère NH90, s’amuser à la manette d’un drone. Ou essayer cette nouvelle protection amovible qu’on nous dit très efficace. Ambiance bon enfant pour des choses très sérieuses…

SofLab, le cercle des innovations

C’est dans la SofLab que les innovations sont parfois les plus originales. A priori, du jamais vu. C’est le concept de cette zone, dédiée aux start-up. Les organisateurs du salon en distinguent trois à chaque édition. « L’évolution des menaces nécessite la recherche de nouvelles solutions technologiques pour répondre aux problématiques que rencontrent les forces spéciales sur le terrain. Dans cette course à l’innovation, la France dispose d’un avantage certain tant en matière de créativité que de savoir-faire industriel », justifie Benoît de Saint-Sernin.

Les derniers nés de la « FrenchTech »

Baptiste Hanrion et Clément Bordeau figurent dans le trio gagnant des concepteurs récompensés cette année. À peine sortis de l’école d’ingénieur, leur produit vient d’être primé dans la catégorie ‘équipement de l’opérateur’. Ils ouvrent des yeux aussi gros que leur boîtier est petit… C’est un dispositif de communication « inter-objets révolutionnaire » ! En plus concret, « un GPS doté d’un système de positionnement intelligent et un appareil de traitement des données ». Ces boîtiers peuvent être déployés partout pour maintenir la communication entre des membres d’une même équipe, sans dépendre de satellites. Intéressant pour un convoi de véhicules par exemple, glissent-ils. En échangeant avec les visiteurs du salon, ils viennent de « réaliser qu’il y a sans doute plus d’applications possibles que nous le pensions, comme pour le RAID ». Leur jeune société ASVESTIS, créée il y a 15 jours à peine, voit déjà l’avenir en rose.

Deux autres start-up repérées par le SOFINS

Également primée dans la catégorie ‘environnement de l’opérateur’ : PANGOLIN, spécialisée dans les solutions de protection balistique « adaptées à tous les types de théâtre d’opération », pour son Flexible Insert Rifle Armour – des Plaques de protection personnelles flexibles de niveau III et III+ Special Threats.

Primée dans la catégorie ‘IA, DATA et robotique’ : SERA INGENIERIE, spécialisée dans la construction de véhicules spéciaux, et expert dans le contre-minage et le contre-IED, pour son système SOUVIM modulaire.

Imaginons une mission des forces spéciales à l’horizon 2040

Le SOFINS c’est aussi un salon où l’on vous invite à vous embarquer dans le futur, au travers de l’expérience SOFTECH, une co-production entre le Cercle de l’Arbalète et une quarantaine d’exposants. Comme au cinéma, quelques sièges, un écran, il fait noir. La projection commence. Nous sommes en 2040… Le pays fait face à une nouvelle attaque terroriste, une cyberattaque. La sixième en une semaine. Le Conseil de défense décide d’une opération des forces spéciales. Le film d’animation qui la retrace est plus intellectuel et technique que grand spectacle. Le format utilisé — celui de la bande-dessinée — est plutôt statique. La démonstration n’en est pas moins efficace et didactique.

(crédit : ES/B2)

Un scénario original

Le néophyte est subjugué, voire décontenancé, par l’étendue des capacités technologiques. Une caméra virtuelle permet de coder ce qui servira à reproduire l’intérieur d’un bâtiment. Ce qui permet aux forces spéciales de répéter la mission sans limites pour s’entraîner. Plus tard, c’est une ‘bulle de cohésion’ qui vient protéger des brouilles extérieures. On déploie des capes d’invisibilité, des drones de diversion, un ‘couteau suisse anti-drone’ ! On trouverait presque désuet le recours à l’intelligence artificielle pour la reconnaissance faciale. Car on découvre d’autres trouvailles, des caméras sentinelles, des vêtements connectés pour suivre l’état de santé, des écouteurs Xtrasound, des zodiac dronisés, etc. En 20 minutes, s’enchaînent ainsi les démonstrations de l’utilisation possible de 36 prototypes et nouvelles technologies développées par des industriels et PME.

Pour anticiper les menaces hybrides

Le scénario de ce film d’anticipation a été imaginé par le COS et le Cercle de l’Arbalète. Comme l’explique Manon Genty, fondatrice et directrice de création au studio Magenta qui a réalisé ce film, « la difficulté venait notamment de l’absence d’images de certaines technologies, puisque certaines n’en sont qu’au stade du prototype ». C’est ce qui a conduit à choisir le dessin animé. Vingt personnes ont travaillé pendant un an à la réalisation des 400 dessins de ce film d’anticipation. La fiction colle bien aux menaces hybrides. « Demain, c’est à ces menaces qu’il faudra répondre », a d’ailleurs insisté le Général de division Eric Vidaud dans son message aux journalistes. Retour à la réalité.

Démonstrations de forces

Le SOFINS est enfin l’occasion de démonstrations des forces spéciales. Le camp de Souge s’y prête largement. L’eurodéputé François-Xavier Bellamy (LR/PPE) circulait parmi les centaines de curieux, téléphone en mode appareil photo pour saisir les scènes de l’une d’elles : une ‘intervention pour menace terroriste’. La reconstitution file comme en accéléré. Car tout doit être bouclé, du renseignement à l’intervention puis l’évacuation en 30 minutes, quand, ‘en vrai’, cela prend forcément plusieurs jours.

(crédit : ES/B2)

Du larguage de l’A400M…

Tout commence par le renseignement. Têtes en l’air, sous un soleil de plomb, chacun cherche dans le ciel les six poussières du commando largué par l’A400M à plus de 4000 mètres. Lancés en équipe de recherche, ils doivent identifier l’ennemi, observer ses habitudes. Ils se posent, un à un, pour une infiltration de nuit. Chacun pèse de 160 à 260 kg au total. 60 kg dans le seul sac. Ils ont l’équipement pour être autonomes plusieurs jours. Ils restent en relation avec le PC des forces spéciales du 13e RDP. C’est au groupe de miliciens en 4X4 de débouler. Le drone entre en action pour déterminer si les miliciens escortent un chef ou cachent un otage. Le groupe d’assaut RI intervient. Le ballet de deux hélicoptères agite l’air lourd. À terre, les hommes capturent un terroriste. On les aperçoit mieux sur l’écran géant. Un homme est blessé, son évacuation médicale s’organise. Retour de l’A400M.

… à l’aérocordage

L’aérocordage (corde larguée sous hélicoptère, glissade jusqu’au sol) est la pratique alternative quand l’hélicoptère ne peut pas se poser, ou ne veut pas, pour être le plus discret possible, à plusieurs kilomètres de la cible. Deux avions de chasse surgissent pour viser un véhicule en approche, avec leurs armes lasers. Le transval d’assaut C160 se pose. Vrouumm. Massif et pourtant leste. On y évacue le terroriste. L’hélicoptère Tigre vient en survol, vérifier qu’il n’y a pas de danger. Le commando est exfiltré par grappes, accrochées à la corde suspendue à l’hélicoptère, ou récupéré en nacelle. En l’air, on emmène même le chien ! Sur terre, les spectateurs applaudissent.

(Emmanuelle Stroesser)

Emmanuelle Stroesser

Journaliste pour des magazines et la presse, Emmanuelle s’est spécialisée dans les questions humanitaires, de développement, d’asile et de migrations et de droits de l’Homme.

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