Les interprètes afghans pour la mission EUPOL Afghanistan dans un trou noir

(B2) La situation des interprètes afghans ayant travaillé pour la mission de l’UE ‘EUPOL Afghanistan’ se heurte à un vide juridique. Qui va les protéger ?

Aidés de leurs interprètes, les Européens ont formé les forces de la police afghanne (EUPOL Afghanistan)

Qui doit les protéger ?

Parce qu’ils étaient employés par l’Union européenne, au sein de cette mission qui s’est déroulée de 2007 à 2016, la question se pose maintenant de savoir qui doit les protéger. Question cruciale alors qu’objectivement leur vie peut être mise en danger par l’avancée des Taliban. Certains pays, tels les Pays-Bas (1), n’acceptent leur demande d’asile et de rapatriement en Europe que s’ils ont travaillé pour des nationaux, comme l’indique le quotidien Trouw qui cite le cas concret d’un interprète, traducteur et agent de liaison pour EUPOL. Celui-ci attend cependant toujours d’être fixé sur son sort.

Des interprètes en danger

Pour l’ancien avocat général Jan Gras, qui a travaillé trois ans avec EUPOL en Afghanistan, dans l’unité anti-corruption puis à la formation des hauts gradés de la police afghane, chaque Afghan qui a travaillé pour la mission de maintien de la paix est « en danger », et cela inclut également les policiers, comme il le raconte à Trouw. « Quiconque a visiblement travaillé en étroite collaboration avec nous est désormais en danger. Je sais par un policier que sa voiture a explosé, il essaie maintenant de sortir du pays. »

Une centaine de personnes concernées ?

Le nombre de personnes concernées pourrait dépasser la centaine. « C’est difficile à estimer », reconnaît Jan Gras. « Mais au sein d’EUPOL nous avions une centaine de personnes [qui] avaient tous un interprète personnel. […] Lorsque je travaillais pour l’unité anti-corruption, j’avais un interprète personnel qui était toujours avec moi. Je ne pouvais rien faire sans lui. Les Afghans ont également traduit les leçons que j’ai enseignées et les programmes que j’ai créés. »

Un recensement en cours côté néerlandais

L’excuse invoquée par le gouvernement de ne pas savoir qui a travaillé pour eux est « une pure absurdité » selon lui. « Les Afghans qui travaillaient pour EUPOL étaient employés par l’Union européenne et à Bruxelles, ils savent qui était sur la liste de paie. » La police néerlandaise et le ministère de la Justice et de la Sécurité ont décidé cette semaine de faire un inventaire du nombre d’Afghans qui ont travaillé pour la mission de police , sont en difficulté aujourd’hui et souhaitent venir aux Pays-Bas.

Rapatriement loin d’être effectif

Pour les interprètes auprès des forces armées néerlandaises, la situation est plus limpide au plan juridique, mais loin d’être réglée, malgré les engagements répétés des autorités. Selon le ministère de la Défense, au moins 70 interprètes et leurs familles (sur 273 recensés) sont toujours en Afghanistan, attendant l’autorisation de venir aux Pays-Bas, indiquent nos confrères néerlandais.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Les Pays-Bas était un des pays les plus engagés dans la mission EUPOL Afghanistan.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.