(B2 chez Ariane) On part dans l’espace avec un constructeur de fusées européennes, Ariane

Wow !

Les téléphones ? Abandonnés dans une boîte étrange. Les photos : interdites. Mesures de sécurité ? Au max. Ce que l’on s’apprête à voir prend des airs top secret. Et c’est bien le cas. Direction les sites d’intégration des fusées Ariane 5 puis Ariane 6. Vite, vite, on se dépêche ! Il faut tout voir. Chez Ariane, on est fier de nous faire faire le tour du propriétaire, nous mettre des étoiles dans les yeux, et nous impressionner. Pas bien difficile, il y a de quoi.

Ariane6, la nouvelle génération de lanceurs

Nous entrons dans ces bâtiments ultra-sécurisés. Chaque génération de lanceur a son hangar de production. D’un côté ceux d’Ariane 5, et à quelques mètres de là, Ariane 6, les nouveaux, où une cinquantaine de personnes seulement y travaillent. 

Ariane 62 (le chiffre 2 correspond aux deux boosters) – Le core stage : de tout en bas, jusqu’où se trouve le dessin du numéro 6

Sur le site des Mureaux de Arianegroup, en région parisienne, des équipes sont à la tâche pour fabriquer le premier étage (core stage) des lanceurs Ariane. Et c’est déjà immense, la taille d’une tour d’une douzaine d’étages à peu près. Cela donne une idée de la suite. Au final, une Ariane 6 fera 62 mètres (un immeuble de 20 étages) contre 55 mètres pour sa petite sœur Ariane 5. Au final, une Ariane 5 et Ariane 6 sont très différences d’apparence.

Une meilleure productivité

Derrière leur apparence ‘simple’ se cache un travail titanesque d’innovation. Non seulement dans la performance du lanceur lui-même, mais dans l’organisation de la production. Alors que seules cinq à sept fusées Ariane 5 sortent des usines par an, avec Ariane 6, l’objectif de production est de douze par an, soit une fusée par mois. Cette efficacité répond à plusieurs facteurs.

Pour Ariane5, l’intégration se fait verticalement. Pour Ariane 6, elle est horizontale. Ce changement d’organisation peut paraître anodin, mais chez Ariane, il s’agit d’un véritable game changer. Ils gagnent en temps, en efficacité, par exemple tout simplement parce qu’en travaillant verticalement, si l’on oublie un outil à l’étage supérieur, il faudra prendre l’ascenseur pour aller le chercher, souci inexistant sur une intégration horizontale. Ici, on fonctionne comme dans une usine à la chaîne : chacun des équipement suit sa route avant d’être assemblé dans l’étage principal et envoyés au Havre, en bateau, sur la Seine. Là bas, il est rejoint par l’étage supérieur (second stage), arrivé de Brême, en Allemagne. Assemblés en un seul morceau, ils départent pour Kourou, en Guyane française.

Autre gain de temps non négligeable pour Ariane 6, celui d’assemblage sur le launchpad de Kourou. Alors qu’il fallait 30 jours pour une Ariane 5, seuls dix jours seront nécessaires pour la campagne d’assemblage des nouvelles Ariane 6.

En fin de course, l’objectif est aussi de rendre la production d’une Ariane 6, 40% moins chère qu’une Ariane 5.

Détour qui vaut la peine, avant de passer à la suite, pour rendre visite au moteur Vulcain 2.1 qui partira sur Ariane 6, dont la puissance est équivalente à deux trains TGV.

Vulcain 2.1 FM2 – VLine

Déjà obsolète ?

En 2024, débutera la phase de stabilisation de Ariane 6. C’est à dire que plus aucune Ariane 5 ne sera produite. Il en sera fini de cette génération, place à la nouvelle. La première Ariane 6 doit être lancée pour le second semestre 2022, alors qu’elle était au début prévue pour 2020 mais « les grands programmes de développement peuvent prendre plus de temps que prévu », justifie Stéphane Israël, le PDG d’Arianespace. A ceux qui se demandent si Ariane 6 ne sera pas obsolète une fois prête, Stéphane Israël est formel : elle ne le ne sera « pas du tout ». Au contraire, Ariane 6 « sera le lanceur de la décennie ».

Paré à toutes les opportunités

De plus, tient à rappeler son constructeur, Ariane 6 est « parfaitement adaptée à l’évolution, ainsi qu’à la demande institutionnelle et commerciale ». Pour les institutions, il y a un lanceur polyvalent pour les satellites d’observation lourds (type CSO, le satellite d’observation militaire de la France) et pour les missions scientifiques (Mars sample return, Mission de retour d’échantillons martiens). Pour les commerciaux, « la polyvalence sera la clé », souligne Stéphane Israël. Pour répondre à la tendance du moment d’envoyer des grandes constellations de satellites, il faut de grands lanceurs, comme Ariane 6. 

Dans le carnet de commandes de la mission Ariane 6, se trouve déjà les satellites de navigation Galileo (le GPS européen), de géosatellites pour les opérations américaines (Viasat), et européennes de Eutelsat (deux entreprises de connexion par satellites).

L’innovation continue

Comme le dit Stéphane Israël, Ariane 6 « n’est pas la fin du voyage », seulement le « début d’un nouveau ». Et « il faudra toujours innover davantage. » Ariane se projette déjà vers les prochaines générations, après Ariane6, sur son site de Vernon, en Normandie. On y croise Thémis et Prometheus (ce dernier est développé en partie aussi à Ottobrunn en Allemagne). Ne vous fiez pas à leurs petits noms, ce sont en fait de grosses machines à la puissance redoutable. L’un est un démonstrateur d’étage de fusée réutilisable (reusable stage demonstrator) et le second un moteur réutilisable… vers l’infini et l’au-delà !

(Aurélie Pugnet)

Après être allé voir des satellites européens, B2 est parti chez un constructeur européen de lanceurs — autrement dit, des fusées — pour envoyer ces satellites dans l’espace (lire : 24 heures chez Airbus) Et bientôt des humains ? (Lire notre interview : L’Europe doit se réveiller et organiser la présence dans l’Espace (André-Hubert Roussel et Stéphane Israël – Ariane)).

Toutes les images sont créditées à Arianegroup/Arianespace