Une frégate danoise dans le Golfe de Guinée à l’automne

(B2) Le Danemark s’engage dans les présences maritimes coordonnées dans l’Ouest de l’Afrique. Objectif : lutter contre les pirates locaux et protéger les navires , en particulier les porte-containers de Maersk Line, le géant maritime danois

L’Absalon engagé dans le groupe maritime permanent de l’OTAN (SNMG1) en 2020 (crédit : OTAN – Archives B2)

Un navire de la marine danoise va être engagé dans le Golfe de Guinée, à partir de novembre 2021, pour une période de cinq mois jusqu’à mars 2022, a annoncé le gouvernement danois mardi (16 mars). A bord un hélicoptère SeaHawk et des forces spéciales de la force opérationnelle navale, à même d’aborder les navires de façon ‘amicale’ ou plus ‘robuste’. Le navire a mission de lutter contre la piraterie, d’apporter son soutien aux navires marchands ou de les « escorter », et au besoin d’aller à leur secours ou d’opérer des sauvetages. NB : le nom du navire n’est pas précisé, mais il pourrait s’agir de l’Absalon (L-16), engagé à plusieurs reprises dans la lutte contre la piraterie dans l’Océan indien dans le cadre des opérations de l’OTAN en 2008-2014 (lire : Une attaque déjouée en Mer rouge. La piraterie en mode « veille active » ?)

Ne pas se contenter de regarder

« La sécurité maritime remise en question. Les pirates sont à l’origine de plusieurs enlèvements graves dans la région. Cela menace la sécurité des équipages danois et étrangers. Dans une telle situation, nous pouvons et ne devons pas nous contenter de regarder » a déclaré le ministre de la Défense Trine Bramsen dans un communiqué parvenu à B2. « Nous devons défendre le droit à la libre navigation. Une présence militaire internationale est nécessaire. » Le Danemark veut aussi œuvrer pour que « davantage de pays assument une responsabilité », dans la région.

Dans le cadre des présences maritimes coordonnées

Le navire sera placé sous le commandement danois et restera dans les eaux internationales. Sa présence sera « coordonnée » avec les autres « alliés et partenaires » du Danemark dans la région, précise Copenhague. C’est l’application même du nouveau concept européen des présences maritimes coordonnées qui rassemble en particulier quatre pays (la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie). Cela s’accompagne d’une coopération avec les États côtiers pour les « aider les pays à prendre en charge eux-mêmes la sécurité » comme l’indique le le ministre des Affaires étrangères Jeppe Kofod. Il s’agit de combattre à la fois « les attaques de pirates et les causes de la piraterie ». .

Un intérêt vital pour le Danemark

La proposition doit encore obtenir l’aval du Folketing (le Parlement danois). Ce qui ne devrait pas susciter trop de problèmes. Le pays a une forte tradition maritime. C’est « la cinquième plus grande nation maritime du monde » se vante même le gouvernement. En moyenne, « jusqu’à 40 navires danois naviguent quotidiennement » dans le golfe de Guinée. Et cela représente une valeur marchandise de près de 10 milliards de couronnes danoises par an. « Notre responsabilité est engagée lorsque la sécurité de nos gens de mer et le droit à la libre navigation sont menacés. » précise Jeppe Kofod.

Le poids de Maersk

Avec Maersk Line, le Danemark dispose surtout de la première compagnie maritime et du plus grand armateur de porte-conteneurs du monde. Le simple chiffre d’affaires du groupe représente environ 13% du produit intérieur brut du pays. Un armateur qui a beaucoup œuvré pour cette présence militaire dans le Golfe. Les Danois militaient d’ailleurs pour davantage qu’une simple présence coordonnée, pour une opération de type de celle montée par les Européens et l’OTAN au large de la Somalie en 2008 (respectivement EUNAVFOR Atalanta et Ocean Shield).

Un engagement danois de longue date

Cela peut apparaitre avec un certain paradoxe pour un pays qui a un opt-out (une dérogation) à la politique de sécurité et de défense européenne. Une certaine continuité pour un pays qui est membre de l’initiative européenne d’intervention et a toujours répondu présent dès qu’il s’agissait d’assurer la liberté de navigation. Il s’est engagé ainsi dans la mission de surveillance maritime (EMASOH ou Agenor) initiée par la France pour assurer la surveillance du détroit d’Ormuz et du golfe arabo-persique (lire : Le Danemark se lance dans le détroit d’Ormuz aux côtés des Français). Un représentant spécial pour la sécurité maritime, l’ambassadeur Jens-Otto Horslund, a d’ailleurs été nommé en janvier.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : La surveillance maritime devient un vecteur de la défense européenne

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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