La mission belge au Niger (New Nero) à l’arrêt. Coronavirus oblige (v3)

(B2) Une cinquantaine de militaires belges présents au Niger (Maradi) dans le cadre de l’opération bilatérale de formation des forces nigériennes, vont être rapatriés à Bruxelles. Le problème reste de trouver un moyen de rapatriement

Formateurs belges au Niger lors de la visite du chef d’état-major (crédit : Belgian Defence / archives B2)

20 positifs au Covid-19 + 30 cas contacts

Une vingtaine de militaires belges (présents depuis octobre pour la plupart) ont été déclarés « positifs » à la Covid19, annonce l’état-major belge et rentrent en Belgique. Ils ne seront pas les seuls. « Par mesure de précaution », une trentaine de militaires exposés à des contacts à haut risque rentrent également en Belgique. Une mesure de précaution, afin « de garder la situation sous contrôle ». À leur retour en Belgique, ils « seront placés en quarantaine dans un hôtel réservé exclusivement pour cela », avec « suivi médical et tests PCR ».

Effectif réduit sur place

Les militaires non positifs et ne présentant que de faibles risques de contamination restent au Niger « afin d’assurer la continuité de notre présence sur place ». Une quarantaine de personnes, selon un porte-parole de la défense belge interrogé par B2, assurent ainsi la sécurité du cantonnement.

Mission suspendue

Mais c’est toute la mission qui est « suspendue ». Du personnel médical supplémentaire a été envoyé à Maradi pour assurer le suivi médical « dans les meilleures conditions possibles ». Et une équipe spécialisée va être chargée de désinfecter le camp avant l’arrivée de la prochaine rotation prévue courant janvier.

Un manque d’avions

Problème : il n’y pas pour l’instant de moyen de rapatrier les Belges. La Belgique n’a plus d’avions disponibles immédiatement pour cette tâche là (1). Les C-130 sont à bout de souffle et sont en train d’être remisés les uns après les autres (1). Les deux A400M qui sont arrivés sont en phase de test et d’incorporation. Les avions Embraer sont en passe d’être revendus. Et l’avion de transport stratégique A321 a été remis à son opérateur (privé). Alors la ministre de la Défense, L. Dedonder, tape aux portes de ses voisins.

L’EATC sollicité

Mais personne ne semble empressé de répondre à la demande. Le commandement européen de l’aviation de transport (EATC) a été sollicité. La France présente dans la région réserve ses moyens pour l’opération Barkhane. Aux dernières nouvelles, les avions de la Luftwaffe allemande, spécialisés dans le Medevac (le rapatriement médical) pourraient s’y coller. Mais pas à n’importe quelles conditions, notamment sanitaires. Les malades pourraient bien ne pas être rapatriés en une seule fois.

Rapatriement effectué

(mis à jour) Tous les militaires sont rentrés au pays et ont été mis en quarantaine à leur arrivée, a indiqué samedi soir sans guère de précisions un porte-parole militaire à l’agence Belga. Il a fallu pas moins de trois vols, assurés par l’Allemagne principalement, pour mener à bien cette Medevac.

Relève en cours

La relève est en cours de préparation, fournie (comme aujourd’hui) en grande partie par le 2e bataillon de commandos de Flawinne (près de Namur). Mais ce ne sera pas fait avant plusieurs semaines, le temps de la désinfection

(Nicolas Gros-Verheyde)

Un soutien médical limité

Ce n’est pas le seul problème. L’aspect soins médicaux sur place est aussi en latence. S’il y a bien un personnel médical pour les petits soins courants, il n’y a pas davantage. La composante médicale de l’armée belge est à ‘l’os’. La défense belge a donc été obligée de contracter avec un partenaire privé, dans le cadre d’un contrat commun négocié avec l’agence européenne de défense. Mais outre que cela coûte cher, cette solution n’offre pas la même souplesse qu’une solution interne. Et le problème ne semble pas concerner que le Niger. Selon nos éléments, les déploiements belges en Centrafrique ou en Afrique de l’Ouest sont dans la même problématique.


(1) La flotte belge de C-130 de onze appareils est en cours de dislocation. Deux avions ont déjà été démantelés en 2018. Pour les huit autres avions, un contrat a été passé avec Sabena Aerospace pour la réutilisation des pièces détachées, accessoires et autres équipements de soutien. Quant au dernier avion, il est destiné à être conservé et sera entreposé, dès avril 2021, au musée de l’aviation situé sur la base de Beauvechain (1 Wing Historical Centre), comme l’a confirmé la ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, devant la Chambre des députés ce mercredi (13.01).

(Mis à jour) 21h sur la partie ‘rapatriement’ + note sur la flotte des C130 – 16.1 sur le rapatriement effectif – effectif sur place – relève

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).