Le nucléaire iranien (alias JCPOA). Le dossier intergénérationnel de tous les chefs de la diplomatie européenne

(B2) S’il est un dossier sur lequel tous les Hauts représentants de l’UE ont dû travailler, c’est bien celui du nucléaire iranien. En partant de l’idée folle d’envisager un tel accord, sous Solana, jusqu’à sa conclusion, sous Mogherini, en passant par sa bataille pour le maintenir sous Borrell

Ces confidences ont été puisées à l’occasion d’une rencontre organisée, mardi (1er décembre), pour fêter les dix ans du Service européen pour l’action extérieure. Plus connu sous l’acronyme SEAE dans le jargon bruxellois. A l’exception de Cathy Ashton, haut représentant de 2009 à 2014,  ils étaient tous là — Javier Solana (1999 à 2009), Federica Mogherini (2014 à 2019) et Josep Borrell (depuis 2019) — pour un débat autour de la Française Christine Ockrent.

La signature de l’accord, le moment phare

Pour Federica Mogherini, l’un des souvenirs les plus évidents de son mandat, c’est « quand nous avons décroché l’accord, en 2015, après plusieurs années de négociation, entamées sous Javier Solana ».

Les bases de la méthode européenne par Solana

L’histoire commence en 2003. La première fois que Javier Solana se rend à Téhéran. Il raconte : « J’y suis allé avec des ministres des affaires étrangères de l’UE, mais sans la Chine, ni la Russie. À mesure que nous avons avancé dans les négociations, nous nous sommes tournés vers ces homologues. Les US refusaient de participer aux réunions, donc nous étions dans une situation délicate. Quand Rohani a remporté l’élection, nous avons pu mettre en oeuvre la stratégie qui a porté ses fruits. Rohani m’avait confié qu’il était prêt à négocier avec les US s’il était élu. C’est ce qui m’avait convaincu de dire à mes collègues européens qu’il était temps de négocier ». C’est « notre opiniâtreté qui a changé la donne ».

Le relais Mogherini et l’expertise du SEAE

« Nous avons connu des impasses dans ces négociations, passé des semaines dans des salles de réunions » se souvient Federica Mogherini. « Ce que l’on ignore, c’est que cet accord repose sur un texte très abouti, une centaine de pages, à mettre au crédit de l’équipe technique du SEAE et de dizaines de nuits blanches ». Cette solidité a certainement aidé à passer « l’épreuve » de la décision de Trump de se retirer de l’accord et surmonter cette question lancinante : « Étions-nous capables de maintenir cet accord en vie ? ». « Cela a été une réelle épreuve de la capacité européenne, alors que l’on ployait sous la pression US » souffle-t-elle.

L’après Trump pour Borrell

La pression repose aujourd’hui sur Josep Borrell. L’Espagnol se dit optimiste sur le fait de réussir. Même s’il ne cache pas son agacement lorsque l’actualité fait craindre le pire, comme avec l’assassinat il y a quelques jours de l’un des pères du programme nucléaire iranien. « Ce n’est pas en tuant les experts nucléaires que l’on va dissuader l’Iran de renforcer son arsenal nucléaire ! » tempête-t-il. Cela ne le fait pas changer de ligne : « Nous nous sommes employés à maintenir cet accord en vie en dépit du retrait US. Les européens sont restés unis. Cet accord est toujours sur la table et nous espérons qu’Iraniens et US accepteront de retourner à la table de négociation pour retourner à une pleine conformité de cet accord ». Dans son agenda, il a déjà inscrit la prochaine étape, juste avant Noël, une réunion du comité conjoint qu’il co préside.

(Emmanuelle Stroesser)

NB : Il ne faut pas oublier dans ce tableau, le travail réalisé par Catherine Ashton. S’il est un dossier où la Britannique a tenu tête, et marqué des points, c’est sans doute celui du nucléaire iranien. Et l’accord de 2015 tient aussi, un peu sans nul doute, au rôle qu’elle a joué, réussissant à se faire respecter autour d’une table en grande partie masculine. (NGV)

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Emmanuelle Stroesser

Journaliste pour des magazines et la presse, Emmanuelle s’est spécialisée dans les questions humanitaires, de développement, d’asile et de migrations et de droits de l’Homme.