Perquisitions à Pristina. Policiers européens et kosovars mobilisés. Krasniqi et Thaçi en prison (v3)

(B2) Des opérations sont menées en ce moment au Kosovo visant à l’arrestation de personnalités soupçonnées de crimes de guerre

Perquisition au domicile de J. Krasniqi (© BIRN)

Les perquisitions qui ont débutées mercredi (4.11) se sont poursuivies jeudi et vendredi (5 et 6.11). Les Chambres spécialisées égrenant au fil des heures les personnes arrêtées

Des opérations soutenues par EULEX Kosovo

Le bureau du procureur spécial (SPO) « mène des opérations continues à Pristina », la capitale du Kosovo, a-t-il annoncé au petit matin, à 8h17, ce mercredi (4 novembre). Ces opérations du SPO « sont soutenues par la police du Kosovo (KP) et la Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX) », précise le communiqué, sans en dire plus (pour l’instant). « Davantage d’informations seront données plus tard. »

Liées aux inculpations de juin

En juin dernier, le Bureau du procureur spécial avait frappé fort en inculpant à la fois le président kosovar Hashim Thaçi et le leader du Parti démocratique du Kosovo (PDK) Kadri Veseli, mais aussi « plusieurs autres suspects » non nommés. Ce pourrait être vers ceux-ci, selon nos informations, que les policiers kosovars et européens se tourneraient. Notre confrère balkanique Birn (Balkan Investigative Reporting Network), spécialisé dans les enquêtes sur les crimes de guerre, a déjà indiqué des perquisitions en cours chez Jakup Krasniqi.

L’ancien porte-parole de l’UCK visé

Des perquisitions ont, en effet, démarré dès 6h du matin, mercredi, au domicile de Jakup Krasniqi situé dans le quartier Velania de Pristina, confirme le média en ligne Kosova Post. Un raid a aussi été mené dans une autre de ses résidences à Negroc (Drenas, dans la banlieue de Pristina). L’ancien porte-parole de l’UCK (l’Armée de libération du Kosovo) durant la guerre civile et ancien président de l’Assemblée (de 2007 à 2014) et « a été isolé dans une pièce séparée et est interrogé depuis ce matin », indiquent ses proches selon un autre média Lajmi.net. Les journalistes et télévisions kosovars déjà sur place.

(Mis à jour)

Jakup Krasniqi détenu à la Haye

L’ancien porte-parole de l’UCK Jakup Krasniqi a en effet été « arrêté et transféré dans les locaux de détention des Chambres spécialisées du Kosovo à La Haye », ont annoncé les Chambres, mercredi soir vers 23H. Une arrestation effectuée « conformément à un acte d’accusation confirmé relatif à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, et à un mandat d’arrêt et un ordre de transfert émis par un juge de mise en état (Pre- Trial Judge) » des Chambres, est-il précisé. « De plus amples informations seront fournies en temps utile », dont des informations sur la publication de l’acte d’accusation, « avec des expurgations si nécessaire ».

Kadri Veseli, Rexhep Selimi également

Deux autres hommes — Kadri Veseli, l’actuel dirigeant du PDK, et Rexhep Selimi, le fondateur de l’armée de libération du Kosovo (UCK) — ont aussi été arrêtés et transférés à la Haye, expliquent les Chambres, jeudi soir vers 21H30.

Le président Hashim Thaçi

Mais c’est surtout la nouvelle de la démission annoncée jeudi (5.11) du président du Kosovo, Hashim Thaçi, son arrestation et son « transfert dans les locaux de détention » des Chambres spécialisées du Kosovo à la Haye, qui ont été un signe frappant d’une sorte de fin d’une page qui se tourne au Kosovo.

Des crimes graves

On n’est pas, ici, dans des petits délits. L’acte d’inculpation mentionne « des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre », visant notamment « le meurtre, la disparition forcée de personnes, la persécution et la torture », menée durant la guerre d’indépendance du Kosovo dans les années 1990-2000. Des actes commis à grande échelle. Les inculpés sont considérés par les juges de la Haye comme « pénalement responsables de près de 100 meurtres ». Et au total (disparitions, actes de torture inclus), ce sont « plusieurs centaines de victimes » à l’égard des trois communautés principales au Kosovo (albanais, serbes, roms) sans oublier les opposants politiques qui sont visés. (Lire : Le procureur spécial du Kosovo frappe fort : Thaci et Veseli, ex dirigeants de l’UCK, inculpés de crime contre l’humanité)

(Aurélie Pugnet, avec NGV)

Mis à jour 5.11 (17h)  et 6.11 (9h)


Une justice ad hod

Les Chambres spécialisées et le Bureau du Procureur spécial ont été créées en 2015 par l’Union européenne pour instruire et juger des crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et autres crimes graves relevant du droit du Kosovo. L’ampleur des crimes, la sensibilité des personnes mises en cause, comme les pressions sur les témoins, ont justifié la création d’une justice kosovare relocalisée à la Haye. Leur financement est assuré, en grande partie, par le budget de l’UE au titre de la PESC (politique européenne de sécurité commune).