L’objectif de 2% de défense quasiment atteint. Un miracle nommé ‘coronavirus’ !

(B2) Les derniers chiffres publiés par l’OTAN doivent être lus avec attention et sans tirer de leçon prématurée

L’Oxford Philharmonic Orchestra dans l’Agora de l’Alliance (Crédit : OTAN – Archives B2)

Le bond en avant général vers les 2%

À lire la dernière fournée statistique de l’OTAN, et les données sur le respect de l’objectif 2%, on pourrait se dire : Ouah ! Les Européens ont fait un réel effort pour leur défense. La France bondit ainsi de 1,84% à 2,11% en ratio au PiB franchissant le seuil fatidique de 2%. Le Royaume-Uni décolle de cette barre, passant de 2,14% à 2,43%. Tandis que l’Allemagne fait une progression non négligeable passant ainsi de 1,38% à 1,57% et l’Italie progresse également de 1,22% à 1,43%. Même les pays en bas du tableau sont concernés par cette inflation, la Belgique passe ainsi à 1,10% (contre 0,93% en 2019). En moyenne, l’ensemble des pays européens de l’OTAN se situe aux alentours de 1,8%. Tout proche des 2%. Un superbe résultat dont pourrait se targuer Donald Trump s’il n’avait pas le regard ailleurs.

Une augmentation très artificielle

Quand on se penche sur la réalité des chiffres, il s’avère que le point de vue est légèrement différent. Certes plusieurs pays (France, Belgique, Allemagne) ont eu une réelle augmentation de leurs dépenses. Mais pour d’autres c’est largement peu le cas : ainsi les dépenses britanniques stagnent (à peine 300 millions £ supplémentaires en prix courants). D’où vient le miracle alors ? Tout simplement, du PIB. « La chute du produit intérieur brut constatée en 2020, consécutive à la crise économique due à la pandémie du coronavirus », explique cette soudaine progression, confirme à B2 un diplomate de l’Alliance.

Les lendemains seront plus durs

Les budgets de défense sont restés calés sur des montants budgétaires décidés avant l’épidémie. Ils ne reflètent donc pas la réalité à venir qui pourrait être très dure pour les budgets de défense dans plusieurs pays. Le vrai test en fait pour les budgets se fera dans les deux années à venir (lire : Il faut continuer à investir dans la défense, malgré le Coronavirus, dixit Jens Stoltenberg). Les prochaines statistiques risquent de sonner l’heure d’un dur retour à la réalité.

Commentaire : un objectif lunaire

Cette progression fulgurante confirme un élément : l’objectif de 2% est un objectif lunaire qui n’a pas à voir vraiment avec la réalité et une défense efficace, mais est davantage un marqueur politique. Pour bien saisir une politique de défense, il faut prendre en compte le budget réel (en chiffres, sa progression par rapport à l’année précédente…) mais aussi des éléments quantitatifs (renouvellement des équipements, nombre d’opérations menées, exposition au risque, etc.). Bref, il ne faut jamais faire confiance (de façon aveugle) aux statistiques, ou du moins à une seule statistique. L’objectif de 2% de défense à l’OTAN est comme les 3% de déficit côté européen : un leurre artistique.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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