Les missions militaires de la PSDC continuent, mais à bas régime (v3)

(B2 – exclusif) La plupart des missions de l’UE de formation ont cessé toute activité, selon nos informations, du fait de l’épidémie de coronavirus. La situation est suivie de façon quotidienne à Bruxelles pour éviter tout arrêt d’activité

La remise des diplômes aux forces centrafricaines au camp Kassai le 20 mars se marque par une distanciation sociale faible, inférieure aux normes OMS (1,50 m) (crédit : EUTM RCA)

Malgré toutes les mesures prises (cf. encadré), les missions et opérations militaires de la PSDC sont impactées par la crise du coronavirus.

Un impact limité en termes sanitaires

Quatre cas sont aujourd’hui recensés : deux en Bosnie-Herzégovine (opération EUFOR Althea) et un autre au niveau maritime dans le navire-amiral commandant la flotte EUNAVFOR Atalanta dans l’Océan indien, auquel s’est ajouté un militaire testé positif à EUTM Mali. Des « cas isolés », nous assure-t-on, qui ont été identifiés rapidement. Dans les deux premières opérations, les malades ont été évacués et rapatriés dans leur pays d’origine. Au Mali, le « patient a été mis en quarantaine sous surveillance médicale » précise l’officier de communication. Tandis que les membres du personnel en contact avec ces collègues ont été « isolés par précaution ». L’impact sanitaire est (pour l’instant) limité : un peu plus de 1 pour 1000, sur un effectif total d’environ 3000 militaires. Mais en comptant les personnels en contact, cela commence à faire beaucoup. Et cela se ressent sur les activités.

Deux missions pleinement opérationnelles

Au niveau opérationnel, seules deux opérations demeurent pleinement actives : l’opération navale anti-piraterie dans l’Océan indien (EUNAVFOR Atalanta) et l’opération de stabilisation en Bosnie-Herzégovine( EUFOR Althea). « Elles  maintiennent un fort niveau de capacité opérationnelle, et nous pouvons dire qu’elles sont 100% actives », a répondu à B2 le Haut représentant de l’Union, Josep Borrell, à l’issue de la réunion des ministres de la Défense, lundi (6 avril). L’opération EUNAVFOR Med Irini en Méditerranée n’a pas réellement commencé.

Formations à l’arrêt en Centrafrique…

Au niveau des missions de formation de type EUTM, le résultat est bien différent. Le nombre de formations a été « réduit en raison des contraintes imposées par les pays hôtes » nous a précisé Josep Borrell. En République centrafricaine, notamment, les soldats européens ont été confinés jusqu’à nouvel ordre. Le ministre centrafricain de la Défense a décidé l’arrêt de toutes les formations, décision prise pour toutes les académies militaires (1). Dans tous les cas, les mesures de précaution, telle la distanciation sociale, empêchent toute formation, nous confie un militaire.

… au Mali (et en Somalie)

Idem au Mali. « Depuis plusieurs semaines maintenant, l’EUTM Mali met en œuvre une série de mesures prudentes d’isolation », affirme ainsi un communiqué de la mission. « En coordination avec les forces armées maliennes et en communication avec les autorités médicales, toutes les activités de formation ont été temporairement suspendues à compter de la semaine dernière. » Mesure de précaution « temporaire et nécessaire », pour assurer aussi bien « la sécurité du personnel des FAMa (les forces armées maliennes), des Maliens locaux et du personnel de l’EUTM Mali ».

Une (petite) activité de conseil malgré tout maintenue

Les missions maintiennent cependant « autant que possible d’autres activités, telles que des activités de conseil », a précisé à B2 Josep Borrell. Elles « s’élargissent même, afin de montrer comment faire face à la pandémie, en utilisant l’expérience que nous avons acquise là-dessus ».

Des missions civiles en mode réduit

Quant aux missions civiles de la PSDC, elles ont également été contraintes de réduire leur niveau d’activités. Ainsi au Niger, la plupart des activités de la mission de soutien aux capacités de sécurité intérieure (EUCAP Sahel Niger) ont aussi été arrêtées. 49 experts internationaux ont été rapatriés en Europe, seuls restent sur le terrain 30 experts internationaux et 60 employés nationaux.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Des mesures pour contenir la propagation du virus

Les missions et opérations ont pris des « mesures rapides pour atténuer les risques et lutter contre la pandémie de coronavirus. elles restent extrêmement vigilantes », indique-t-on du côté du service diplomatique européen (SEAE). Des protocoles ont été mis en place pour identifier, isoler et tester des malades suspects ainsi que pour le contrôle des entrées et des sorties. Un plan de lutte contre les épidémies a été instauré. Les visites et réunions non essentielles, ainsi que les activités de loisirs à l’extérieur des camps, ont été annulées. Des contrôles quotidiens du personnel sont effectués et des règlements et installations de quarantaine sont en place.


  1. Dans un contexte difficile où Européens et Russes sont en compétition sur l’entraînement des FACA (Lire aussi : Les Russes entraînent l’armée centrafricaine à la place des Européens)

Mis à jour sur la situation en Centrafrique (v2) et au Mali (v3)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.