Face au drame du coronavirus, que fait l’Europe concrètement en gestion de crises

(B2) La Commission européenne a-t-elle su répondre aux demandes italiennes, espagnoles et des autres pays en détresse ? Pas évident. Le point

(crédit : Parlement européen)

Suite à l’éditorial de jeudi (lire : Crise du coronavirus. La Commission von der Leyen manque d’audace. Faiblesse congénitale ?), j’ai reçu beaucoup de réactions et de demandes d’information supplémentaire, notamment sur l’aide concrète de l’Union européenne. Je ne parle pas ici des mesures réglementaires pour faciliter le marché intérieur ou le financement des laboratoires pour trouver un vaccin, je parle bien, ici, de l’aide d’urgence, concrète, en cas de catastrophes, pour laquelle l’Union européenne dispose à la fois des bases juridiques nécessaires (articles 122, 196 et 222 du Traité sur le fonctionnement de l’UE pour les spécialistes) et des budgets (lire aussi : Face au Coronavirus, agir et être solidaire n’est pas une faculté, c’est une obligation. Dixit le traité).

Un mois après, qu’est-il parti ?

Presque un mois après le premier déclenchement du dispositif de gestion de crises (IPCR et mécanisme de protection civile), l’aide (concrète) de la Commission européenne, c’est-à-dire, hommes, matériels, etc. se résume à trois choses essentiellement : les masques, les rapatriements et l’achat groupé équipements supplémentaires via le lancement d’appels d’offres.

Presque quatre millions de masques

L’Allemagne, la France et l’Autriche ont convoyé vers l’Italie près de quatre millions en tout, au 26 janvier : 1 million de masques cette semaine pour la France (il y a une semaine), l’Allemagne (en fin de semaine dernière) et 1,5 million pour l’Autriche. Au surplus, la France a envoyé 200.000 combinaisons de protection. Pour une population de plus de 60 millions d’habitants, alors que les masques doivent se renouveler plus d’une fois par jour, ce n’est pas énorme.

 

Moins de 3.000 personnes rapatriées

En matière de rapatriement, au 26 mars, selon les chiffres officiels, 2.714 personnes ont été rapatriées, via le mécanisme de protection civile, dont 2.302 citoyens européens. La plupart des rapatriements concernent les citoyens coincés en Chine. Chiffre plutôt faible, là encore au regard de la crise. Pour donner un ordre de grandeur, le service diplomatique européen estimait à environ 300.000 le nombre de citoyens européens coincés hors de chez eux. Pour la France, on estime à 130.000 le nombre de compatriotes à l’étranger, 110.000 ont déjà été rapatriés ou sont rentrés. (1)

Des équipements supplémentaires à venir

Enfin, l’Union européenne a déclenché plusieurs appels d’offres conjoints afin d’acheter masques, masques respiratoires, le 28 février, le 17 mars et le 19 mars (ou 18 mars selon les versions que donne la Commission) pour divers équipements de protection personnel — allant des lunettes et masques respiratoires,  aux équipements de laboratoire, etc. Les contrats sont en cours de signature pour certains, pour d’autres ce sera plus tard. Pour l’arrivée du matériel, il faudra attendre encore un peu.

Commentaire : … et c’est tout ?

Tout cela est faible, très faible, au regard de l’ampleur de la crise et du temps passé depuis l’alerte qui a été donnée début mars.

Pourtant l’Europe était prête…

On est loin de la réponse promise (fin janvier) par Stella Kyriakides, la commissaire européenne en charge de la santé : « Nous sommes prêts à soutenir les États membres et à assurer une réponse forte et coordonnée de l’UE, à l’extérieur et à l’intérieur de l’Union européenne » (2).

… et la propagation de l’épidémie faible au niveau mondial

Il est vrai que si on en croit les commissaires Valdis Dombrovskis et Paolo Gentiloni (Économie), qui signaient le 13 février leurs prévisions économiques d’hiver, leur hypothèse retenue dans le scénario de référence était un pic de l’épidémie « atteint au premier trimestre » avec une « propagation à l’échelle mondiale […] relativement limitée. »

C’est ce qui s’appelle un beau plantage et explique peut-être l’affolement qui règne dans la maison ‘Commission européenne’ pour désigner du doigt les États comme seuls responsables de cette impéritie.

(Nicolas Gros-Verheyde)

À suivre : le règlement sur l’aide d’urgence européenne.

  1. Pour donner un autre ordre de grandeur, en 2006, quand le Liban s’embrasait, la France (toute seule) avait mené une opération d’évacuation, montée en plein été, d’évacuation de ses ressortissants. Au 29 juillet, soit à peine deux semaines après le déclenchement de l’opération 8.500 personnes dont 6.700 nationaux et 1.800 Européens ou d’autres nationalités avaient été évacués. Certes c’était par bateau, la zone était moins dangereuse… mais tout de même.
  2. Une simple recherche dans la base de données de la Commission européenne (où se trouvent les communiqués, discours et autres documents) avec les mots-clé Covid-19 ou pour le Coronavirus vous donne une idée du désastre : beaucoup d’économie, peu d’aide concrète.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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