(Mica Center 4) Exercice Grand African Nemo et opération Corymbe, une démonstration d’un savoir faire possible

(B2) L’exercice Grand African NEMO est devenu désormais un rendez-vous annuel majeur (classique) de la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée. L’édition 2019 qui s’est déroulé entre fin octobre et le 5 novembre n’a pas échappé au rituel

Concertation lors du Grand African Nemo 2019 (crédit : MICA Center / Marine nationale)

29 exercices sur tous les thèmes possibles

19 marines des pays riverains et 6 marines investies dans la sécurisation du Golfe de Guinée (Belgique, Brésil, Espagne, États-Unis, France et Portugal) ont mené au total 29 exercices sur tous les sujets possibles : de la pêche illicite, au sauvetage, à l’assistance en mer en passant par la lutte anti-piraterie, contre les trafics illicites, le narco-trafic et les pollutions en mer.

Des scénarios d’entrainements proches de la réalité, dans lesquels les navires des marines amies du golfe de Guinée jouent le rôle de navires en situation de pêche illicite, en détresse ou attaqués par des pirates. En réaction, les marines riveraines du golfe de Guinée doivent intervenir de manière coordonnée pour éradiquer la menace simulée.

Une vingtaine de pistages de navires ont ainsi été effectués par les centres opérationnels des marines riveraines et les centres multinationaux de coordination (CMC) dans toute la zone : l’espace couvre plus de 3.530.000 km² de zones économiques exclusives (ZEE) et 6000 km de côtes.

19 marines de la région et du monde

35 bâtiments, du patrouilleur à la frégate, en passant par le bâtiment de commandement et de ravitaillement, étaient sur l’eau. Tandis que sept aéronefs, dont deux avions de patrouille maritime, décollaient. Par ailleurs 20 observateurs et officiers de liaison ont été mobilisés. Un observateur italien était ainsi au centre multinational de coordination (CMC) d’Accra tout comme le Danemark avait également envoyé des moyens.

Ont participé à l’exercice le patrouilleur de haute mer espagnol Atalaya (P-74), le NRP Zaire (Portugal), le navire de commandement et de soutien logistique belge Godetia (A-960), un avion P8A Poseïdon américain basé à Abidjan, et un patrouilleur de haute mer brésilien Apa (P-121). Coté français deux bâtiments — une frégate de surveillance avec un hélicoptère Alouette III et le BCR Somme — et un avion de surveillance maritime Falcon 50 ont été mis à disposition.

 Les exercices menés au Grand African Nemo 2019 (crédit : MICA Center)

Trois objectifs

Cet exercice avait tout d’abord comme objectif d’aider à consolider l’architecture de sécurité maritime dans le Golfe de Guinée, comme le voulait le processus de Yaoundé (cf. encadré). Principal défi : développer « la capacité des navires des marines engagées à communiquer entre eux, ainsi qu’avec les différents centres de commandements à terre ».

Second objectif : tester l’ensemble de la chaîne régionale de sécurité maritime. Les centres de commandement maritime (COM), les centres multinationaux de coordination maritimes (CMC) des cinq zones A, D, E, F, G. Sans oublier le centre interrégional de coordination (CIC), structure d’échange d’information et de coordination, implantée à Yaoundé, qui fait la jonction entre le centre régional de sécurité maritime de l’Afrique centrale (CRESMAC) et son équivalent pour l’Afrique de l’Ouest (CRESMAO).

Troisième objectif : accompagner les pays africains dans leur volonté d’autonomie opérationnelle à la mer (missions de sécurité maritime). C’est une grosse différence avec Somalie. Il n’y a pas là d’État failli, ce sont des pays souverains, ils peuvent avoir des difficultés à maintenir la sécurité. On les accompagne mais on ne peut pas les remplacer, certains mettent des moyens et ont davantage de volonté. D’autres ont plus de mal. Chaque pays est très différent.

L’opération Corymbe

Depuis 1991, la marine nationale française déploie de façon quasi régulière un bâtiment dans la zone. C’était auparavant une nécessité vu les tensions dans la région du Golfe de Guinée. Il fallait être prêt à toute éventualité, notamment l’évacuation de ressortissants.

Une opération réorientée de la crise vers le soutien aux capacités

Aujourd’hui « il y a peu de crises et de besoins d’évacuation de ressortissants, l’opération s’est davantage réorientée vers la coopération, des patrouilles communes avec les Africains, la formation des marins africains », explique le capitaine de frégate Olivier Bertrand.

Fournir déjà du carburant c’est pas mal

« Il faut être pragmatique », confie un officier. « Beaucoup de marines africaines n’arrivent tout simplement pas à naviguer faute de carburant. » En soi, il n’y a pas d’entraînement au sens d’une formation soutenue. « Très franchement, ils sont au dessous du niveau opérationnel. C’est plutôt du mentoring, pour leur faire prendre conscience de la nécessité de certaines actions » et apprendre certaines notions. Les marins français fournissent essence et gasoil à leurs collègues africains.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Le processus de Yaoundé

Le sommet de Yaoundé, en juin 2013 au Cameroun, pose les bases d’une coopération régionale. Un mémorandum fixe les premiers objectifs du dispositif de la « sûreté et la sécurité dans l’espace maritime de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest », et les domaines de coopération. Il établit une division claire du travail entre les organisations régionales (chargées de concevoir la stratégie) et les États (chargés des opérations), entre le niveau stratégique et le niveau national.

Un centre interrégional de coordination (CIC) est créé par la suite, en septembre 2014 à Yaoundé, afin de mettre en œuvre cette stratégie régionale. Puis, un centre régional de sécurisation maritime de l’Afrique centrale (CRESMAC) est installé à Pointe-Noire au Congo.

Autre mesure concrète de ce sommet, l’adoption d’un code de conduite relatif à « la prévention et à la répression des actes de piraterie, des vols à main armée à l’encontre des navires et des activités maritimes illicites en Afrique de l’Ouest et du Centre » (lire : Une force anti-piraterie dans le Golfe de Guinée ?).

L’architecture issue du processus de Yaoundé expliquée (crédit : MICA Center)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.