(Mica center 3) Les différentes tendances de la piraterie vues par les opérationnels

(B2) La situation de la piraterie dans le monde est variable selon les zones. Témoignages des officiers du MICA Center

Au Mica Center de Brest (© NGV / B2)

Corne de l’Afrique

La piraterie est contenue par un effort des opérations successives, que ce soit l’opération européenne EUNAVFOR Atalanta ou les autres acteurs. Mais le phénomène n’a pas disparu. Il reste à faire un effort à terre pour reconvertir les pirates en pêcheurs. La situation politique en Somalie n’est pas réglée. Si le dispositif est allégé ou disparait, la piraterie reprendra comme en 2011-2012, avec des attaques journalières.

Dans l’Océan indien, « ce n’est pas le moment de baisser la garde ». Il ne faut pas économiser sur la sécurité. Même si on prend toutes les mesures de précaution en fonction des préconisations données (les fameuses BMP best management practices qui en sont à la version 5), « il faut donc garder les équipes de sécurité. Nous sommes dans un monde interconnecté » rappelle ce marin. « À la seconde où on apprendrait qu’un armateur ne prend plus d’équipes, il deviendrait une cible. »

Golfe de Guinée

La situation est assez stable. La zone est plus petite, mais la lutte contre les pirates s’avère aussi plus difficile. Les actions ne se déroulent pas toujours en haute mer, mais dans les eaux territoriales, « où on ne peut pas agir sans leur autorisation ». Il y a bien sûr le (bon) exemple du Togo. Ce qui montre qu’ils sont capables d’agir, il y a dix ans cela n’aurait pas été le cas. Mais pour d’autres pays, en particulier le Nigéria, c’est plus problématique.

Détroit de Malaka

Les attaques sont moins violentes. Il n’y a pas de kidnapping. C’est davantage de la ‘rapine’ ou du brigandage de grand chemin. Les ‘pirates’ montent à bord, volent tout ce qu’ils peuvent et repartent. Parfois l’équipage ne se « rend même pas compte » qu’il a été attaqué. On sent une « forte progression ». Les patrouilles communes de l’Indonésie et de la Malaisie ont bien fonctionné, dans le temps au moment de l’irruption de la piraterie. Mais la piraterie revient, ou plutôt le brigandage.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Des navires qui trichent

Certains navires font ce qu’on appelle du spoofing avec leur AIS. Ils se greffent sur un autre navire, se déclarent au Golfe de Mexique alors qu’ils sont dans le Golfe de Guinée en train de faire de la pêche illicite. Le  changement d’AIS ou le camouflage d’identité est courant en Asie. Il se produit à plusieurs niveaux : un navire de guerre prend l’identité d’un navire de pêcheur, un navire de pêcheur l’autre. Cette tricherie oblige les marines à être présent physiquement « pour voir qui fait quoi ». Les dispositifs de repérage satellites ne sont pas suffisants. Il y a toujours un décalage entre la réalité et l’analyse satellite : commander une image, la faire venir, l’analyser, permet d’appréhender la compréhension du problème, pas d’intervenir ou de le solutionner.


 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).