Ne m’appelez plus Sophia ! Les points clés de la nouvelle opération de l’UE en Méditerranée

(B2) Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont fini par tomber d’accord*, ce lundi (17 février), sur la relance de l’opération maritime européenne en Méditerranée centrale

L’Autriche participera-t-elle à la nouvelle opération ? Ce serait le minimum. Même si sa marine reste limitée à couvrir le Danube (ici le patrouilleur Niederösterreich, crédit : Armée autrichienne)

Le retour des navires en mer

L’obstruction austro-hongroise a fini par être vaincue au prix d’une série de changements apportés, notamment sur la zone d’opération et les règles d’engagement (lire : La revanche de Piave. L’Autriche-Hongrie bloque. L’opération Sophia dans l’impasse). Ce retour des navires en mer intervient, après un an d’interruption de l’activité navale, et au terme de nombre de discussions et tractations entre ambassadeurs, voire entre ministres par téléphone, ces derniers jours, y compris au plus haut niveau lors de la conférence de sécurité de Munich (article à suivre).

L’embargo sur les armes en focus

L’objectif de l’opération est redéfini. Ou plutôt ses objectifs sont re-hiérarchisés. Elle sera centrée avant tout sur le contrôle de l’embargo sur les armes. Les objectifs de lutte contre le trafic des êtres humains et la formation des garde côtes et de la marine libyenne devenant secondaire.

La zone d’opération revue

Les navires européens seront déployés davantage sur la côte Est de la Libye, non loin de l’Égypte. Pour contrôler l’embargo sur les armes, c’est plus justifié. D’une part, cela permet de contrôler les navires venant de l’Est de la Méditerranée : le canal de Suez pour les navires émiratis ou jordaniens qui approvisionnent le clan Haftar ou Turquie qui soutien Tripoli. De plus, avoir une présence non loin de Benghazi (contrôlée, justement, par le général Haftar) n’est pas non plus inutile.

Tous les moyens mobilisés

L’opération sera menée avec tous les moyens possibles : navals, aériens, satellitaires, voire sous-marins, tous les autres outils d’information et de renseignement. Les États se sont tous engagés à contribuer d’une manière ou d’une autre.

Le ‘pull factor’, clé de l’accord

Une clause de rappel a été apposée, permettant de convaincre les Autrichiens. Le processus de trafic des migrants sera observé de près. Si on détecte une augmentation supplémentaire du trafic dans une zone — ce que les spécialistes appellent le ‘pull factor’ (effet d’attraction) —, alors les moyens navals seront retirés de la zone concernée. Ils pourront opérer dans une autre zone au besoin, ou rentreront au port. Ce sera au commandant d’opération de le décider — ou aux autorités politiques (les ambassadeurs de l’Union) — selon le cas.

Le nom de l’opération changé

« Sophia fait désormais partie de l’histoire ancienne », a annoncé fièrement Alexander Schallenberg, le ministre autrichien des Affaires étrangères à la sortie de la réunion. L’opération ne s’appelle plus Sophia. Un nom donné en l’honneur d’un bébé né à bord d’un des navires de l’opération et trop connoté ‘accueil des réfugiés’ pour plusieurs pays. Elle continuera d’être nommée en revanche EUNAVFOR Med accolé avec le nom d’un Dieu grec de la mer qui a eu une nombreuse progéniture. Reste à finaliser tous les détails.

Une nouvelle décision à écrire d’ici le 23 mars

Les spécialistes militaires et ambassadeurs de l’UE sont appelés dès demain à plancher pour tout préciser. Délai donné : la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères, le 23 mars. Juste à temps avant la date-limite inscrite dans l’actuel mandat de Sophia : le 31 mars.

(Nicolas Gros-Verheyde)


*Les ministres des Affaires étrangères sont tombés d’accord sur 9 points, qui sont les suivants :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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