[Evros, porte de l’Europe 5] EASO va doubler ses effectifs en Grèce

(B2, à Athènes) Le bureau européen d’appui en matière d’asile, plus connu sous l’acronyme d’EASO, va doubler de volume en Grèce

EASO a posé ses valises la première fois en Grèce il y a cinq ans. Le bureau européen aidait à la relocalisation de réfugiés bloqués en Grèce dans d’autres États membres. Il ne comptait alors que quelques agents. Ils sont 500 aujourd’hui. Ils devraient atteindre le millier d’ici à la fin 2020 (1). C’est l’objectif sur lequel s’engage l’agence qui vient de signer un ‘hosting agreement’ avec les autorités grecques (cf. encadré).

Dimitrios Pagidas, Chef du secteur Grèce de l’EASO (© B2/ES)

Des interprètes

Une grande partie de ces agents sont des interprètes. C’est ce que nous explique Dimitrios Pagidas, chef du secteur Grèce de l’EASO, dans ses bureaux à Athènes. Ils sont essentiels pour recueillir les récits des demandeurs d’asile. C’est à cette étape qu’intervient le plus souvent EASO. Une fois que les demandeurs d’asile ont été enregistrés par les autorités grecques et Frontex. Les équipes fixes d’EASO sont surtout sur les îles, aucune n’est à Athènes. Quelques unes en région, notamment à Thessalonique, au nord de la Grèce. S’ajoutent deux équipes mobiles, à Athènes et à Thessalonique. Elles vont de camp en camp pour informer les demandeurs d’asile sur leurs droits.

Et des ‘interviewers’

L’étape du recueil du récit de la personne est déterminante. Ce récit doit justifier que la Grèce accorde — ou non — le statut de réfugié. Ce sont les assistants sociaux d’EASO qui font ces entretiens, assistés d’interprètes. « En 2019, nous en avons réalisé 10 000 » dénombre Dimitrios Pagidas. Trois fois moins que le nombre de dossiers que le bureau a aidé à enregistrer. « Parce qu’il est difficile de réaliser plus de deux entretiens par jour [par personne]. On doit se concentrer sur le cas de la personne, sa situation, son parcours ».

Un appui déterminant mais pas décisif

La décision d’accorder ou de refuser le statut de réfugié reste en revanche du ressort des autorités grecques. EASO ne fait qu’émettre un avis. Même si cet avis est suivi « dans la plupart des cas ».

Accélérer les instructions

« Plus il y aura d’agents, plus l’instruction des demandes d’asile pourra s’accélérer » assure D. Pagidas. Ravi d’annoncer que « le service d’asile grec augmente également ses effectifs. Ce qui va permettre d’augmenter de manière significative le nombre d’entretiens pouvant avoir lieu, à la fois sur les îles et le continent. » Si cet effort n’a pas été décidé plus tôt, c’est parce que les budgets étaient limités, explique-t-il.

Agrandir les locaux

Il faut aussi des locaux adéquats. C’est ce qui pousse l’agence à déménager ses équipes en dehors du hotspot de Lesbos. Entassées elles aussi dans des containers, les équipes n’ont pas la place de faire plus de vingt entretiens par jour. « Si nous déménageons dans de vrais bureaux, à l’extérieur du hotspot, nous seront plus productifs » assure D. Pagidas. 

Faible mobilisation des États membres

Les agents qui travaillent pour EASO sont plus souvent des locaux recrutés et formés de façon intensive (en deux trois mois) que des experts mis à disposition par les États membres. Ces derniers se font tirer le pantalon. Ils ne représentent qu’à peine 12% du staff. La directrice exécutive d’EASO, Nina Gregori, l’a rappelé lors de sa venue à Athènes, fin janvier. « Les États membres ont aussi nombre de cas en attente et donc les conseillers expérimentés sont précieux chez eux aussi ! » excuse D. Pagidas. Il explique surtout que le bureau a besoin de personnes « pour un an et pas deux mois ». Ce qui complique encore la tâche de recrutement.

Conseils avisés

Le rôle de l’agence, c’est aussi d’épauler le pays dans la consolidation de son service d’asile. C’est ce qu’EASO a cherché à faire en aiguillant les autorités grecques sur les expériences d’autres pays européens dans la façon de traiter les mineurs non accompagnés. Un grave problème en Grèce mais sur lequel nous n’avons pas eu le temps d’enquêter.

Mais à l’abri de regards extérieurs

Car il n’est pas non plus facile de rencontrer les équipes qui travaillent dans ces camps. « Si à Lesbos, l’EASO dispose d’installations en dehors (du camp) de la Moria où nous réalisons des entretiens dans des locaux sûrs et confortables, nous sommes très prudents avec l’accès à la presse afin de respecter l’état souvent vulnérable et sensible des candidats, comme vous pouvez le comprendre. »

(Emmanuelle Stroesser)

  1. Le « plan d’assistance opérationnelle et technique 2020 », co-défini par l’EASO et les autorités grecques, prévoit un renfort à la fois dans les îles et sur le continent pour assister le service d’asile pour le traitement des demandes de protection internationale en première instance. Dans les îles, 390 agents EASO vont être mobilisés. Dont 14 pour faire de l’information, 36 de l’administratif, 167 seront chargés d’instruire les dossiers, 167 en qualité d’interprètes et 6 sur les procédures dites ‘Dublin’. Sur le continent, les ressources humaines seront deux fois moins nombreuses : 55 agents se chargeront des pré-inscriptions administratives, 88 de l’instruction de dossiers, 88 de l’interprétariat et 4 des dossiers de procédure ‘Dublin’.

La Grèce et EASO officialisent leur relation

Georgios Koumoutsakos, ministre adjoint à la migration et l’asile, et Nina Gregori, directrice exécutive d’EASO, le 28 janvier 2020 (© B2/ES)

Mardi 28 janvier, dans les locaux de la représentation européenne à Athènes, sur un grand bureau verni, deux exemplaires d’un accord attendent leurs paraphes. Il ne manque plus que le drapeau grec ‘de table’ pour que la photo soit parfaite. Le ministre grec adjoint de la migration et de l’asile, Georgios Koumoutsakos, vient d’arriver. Il salue Nina Gregori, la directrice exécutive du Bureau européen pour l’appui en matière d’asile (EASO). Elle s’est déplacée de Malte, siège de l’EASO, pour signer ce ‘Hosting agreement’ avec les autorités grecques. « Nous en avons signé avec Chypre, l’Italie, Malte » énumère-t-elle. Cet accord « sécurise juridiquement » les interventions du Bureau. Cette formalité est nécessaire puisque le Bureau sait qu’il doit encore rester au moins cinq ans en Grèce.


Tous les articles de notre reportage [Evros, porte de l’Europe]

  1. Le fleuve Evros, l’autre porte d’entrée des réfugiés vers l’Europe
  2. La Turquie tire les ficelles aux frontières extérieures de l’UE (G. Koumoutsakos)
  3. En Grèce, le nombre de demandes d’asile en instance explose
  4. L’accueil et le traitement des réfugiés sous la pression de l’accord UE Turquie
  5. EASO va doubler ses effectifs en Grèce
  6. Le HCR, gardien du droit d’asile, en position d’équilibre
  7. Pour MSF, la seule crise est celle d’un manque de volonté politique
  8. Sharifi G. voulait rejoindre sa soeur en Allemagne, il a été emprisonné en Grèce

Emmanuelle Stroesser

Journaliste pour des magazines et la presse, Emmanuelle s’est spécialisée dans les questions humanitaires, de développement, d’asile et de migrations et de droits de l’Homme.

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