Des milliards évaporés en Ukraine et en Moldavie. Est-ce aux Européens de financer ?

(B2) Les diplomates européens n’ont parfois par leur langue dans la poche. C’est le cas de Luc Devigne qui s’est exprimé récemment lors d’une conférence à Kiev, le 14 novembre. « Il existe une unité dans l’Union européenne pour continuer à soutenir la politique du partenariat oriental. » Mais si de grands scandales se produisaient, cette unité pourrait se briser. « Les milliards volés en Ukraine et en Moldavie érodent la confiance des citoyens » alerte le directeur du département ‘Russie – partenariat oriental’ au service diplomatique européen (SEAE), comme le détaille le média européen Euractiv.

Des milliards

Deux scandales récents dans ces pays voisins de l’Union européenne, qui font l’objet d’une aide importante de la part de celle-ci, au titre du partenariat oriental, sont particulièrement inquiétants. En Ukraine, 5,6 milliards de $ se sont évaporés de Privat Bank, banque propriété de l’oligarque Ihor Kolomoisky (proche du président actuel Zelensky) et Gennadiy Bogolyubov. Une perte qui est le résultat « d’une fraude à grande échelle et coordonnée sur une période d’au moins dix ans » pour reprendre les termes du communiqué officiel de la banque nationale d’Ukraine, après un audit indépendant effectué par la firme Kroll (1). En Moldavie, c’est un milliard de $ qui a été soustrait à trois banques par Illan Shor, homme d’affaires moldave. Les banques ont fait faillite en 2014 et l’État moldave appelé à la rescousse. Une affaire qualifiée de ‘fraude du siècle’ car il équivaut pour ce pays, l’un des plus pauvres d’Europe, à un huitième du produit intérieur brut du pays . Bien que condamné à 7 ans et demi de prison en 2017, pour blanchiment d’argent, fraude et abus de confiance, « l’escroc » (2) Illan Shor a été élu au parlement moldave début 2019 est maire d’Orhei depuis 2015.

Une question fondamentale pour la crédibilité

« De plus en plus, les politiciens ou les citoyens diront : pourquoi devrais-je payer, pourquoi devrais-je soutenir l’Ukraine ou d’autres pays si eux-mêmes ne poursuivaient pas en justice quand de l’argent leur était volé, leur propre État ? Pourquoi devrais-je compenser? C’est une bonne question », s’interroge Luc Devigne qui appelle les autorités nationales à prendre au sérieux la lutte contre la corruption et le respect de l’état de droit. « En fin de compte, nous ne votons pas, nous ne nommons pas de responsables, nous ne nommons pas de juges. » C’est aux autorités de le faire…

(NGV)

  1. La banque a été nationalisée en 2016, mais ses anciens propriétaires contestent toujours devant les tribunaux britanniques cette mesure et surtout le gel des avoirs qui les frappent. Cf. dépêche Reuters d’octobre 2019
  2. Cf. Times of Israël.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.