Un bateau mère de passeurs pris sur le fait au large de Lampedusa (V3)
(B2) C’est une image plutôt rare que viennent de diffuser les autorités européennes. Elle vient attester que l’arrivée de migrants ou réfugiés sur les côtes européennes est l’œuvre de bandes bien organisées
Le système des bateaux-mères
Outre le départ des canots pneumatiques (de mauvaise qualité souvent) des plages libyennes, certains trafiquants recourent à des techniques plus raffinées : un bateau-mère remorque un ou plusieurs navires ou canots en haute mère avant de couper le cordon à une distance raisonnable des côtes (italiennes ou maltaises), laissant voguer leurs ‘clients’ vers leur destination finale. Ce voyage est plus cher et plus sûr pour les migrants. Pour les trafiquants, il est plus lucratif. Et difficile de les prendre sur le fait… sauf par voie aérienne.
La voie aérienne mode imparable de détection
Les experts du corps européen des garde-frontières (Frontex) ont eu le nez fin quand ils ont détecté un bateau de pêche remorquant un petit radeau à coque rigide, vide. Bizarre en pleine mer. Ils ont décidé de le suivre à la trace, durant plusieurs heures, à l’aide d’un avion et d’un drone. Quelques instants plus tard, bingo ! La preuve de l’activité devient irréfutable. La vidéo ci-dessous (tournée depuis les airs) le montre :
Sur les images, on voit ainsi des personnes sortir une par une du bateau, certaines avec des gilets de sauvetage, et monter, ou plutôt s’entasser sur le radeau. Quand le plein est fait (81 en tout), le bateau-mère remet les gaz, toute puissance, pour s’éloigner au maximum du radeau qui devra atteindre ensuite, seul, les côtes italiennes de Lampedusa.
L’alerte est donnée à Rome et à Malte, ainsi qu’au QG de l’opération Sophia (EUNAVFOR Med). La Guardia di finanza et la Guardia di costiera (les garde-côtes italiens) sont mobilisées à la recherche des deux navires. Le bateau-mère est finalement intercepté dans les eaux internationales. Les passeurs présumés — six Égyptiens et un Tunisien — sont arrêtés et débarqués à Licata (Sicile), escortés par la police financière italienne, ce matin (22 juin) à l’aube. La bateau-mère est saisi. Quant au canot rempli de migrants, il est intercepté dans les eaux italiennes. A bord des Bengalis, Libyens et Marocains selon l’agence Frontex.
Commentaire : cette utilisation des bateaux-mères en Méditerranée n’est pas une nouveauté. Déjà fin 2013, les forces italiennes avaient, preuves à l’appui, démontré cette technique, devant les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, afin de les sensibiliser à la problématique (lire : La technique somalienne : les preuves). Oeuvre souvent de réseaux égyptiens ou tunisiens, parfois reliés avec des réseaux mafieux italiens.
(Nicolas Gros-Verheyde)
Mis à jour : avec un commentaire de contexte (22.6), l’origine des migrants (24.6)
Ces images d’activité de bateaux-mères – en général prises par les drones militaires italiens – existent depuis plusieurs années mais, pour des raisons propres à Frontex ( ? ), n’étaient pas diffusées… A remarquer que ces bâteaux-mères sont pour l’essentiel des petits-navires de pêche tunisiens.
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