Sea Watch force les eaux territoriales italiennes. Etat de nécessité oblige. L’Europe silencieuse

(B2) La capitaine du bateau Sea-Watch 3, affrété par l’ONG Sea-Watch international, a décidé de rentrer les eaux territoriales italiennes pour essayer de débarquer ses migrants à terre. Les garde-côtes veillent au grain. L’Europe reste coite

Le Sea Watch 3 à quelques milles des côtes (crédit : Sea Watch)

Un risque pris

« J’ai décidé d’entrer dans le port de Lampedusa. Je sais ce que je risque, mais les 42 survivants que j’ai à mon bord sont épuisés. Je les conduis en sécurité » indiquait par tweet la capitaine du Sea-Watch 3, Carola Rackete, mercredi 26 juin en fin d’après midi, las d’attendre une quelconque décision italienne ou européenne. Les garde-côtes et les douanes italiennes sont montés à bord, dans la nuit de jeudi (27 juin) stoppant le bateau à quelque 3 milles de l’ile de Lampedusa. « Nous pouvons attendre une nuit. Nous ne pourrons pas attendre une autre » indique l’ONG ce matin dans un tweet

Les soutiens du HCR et de l’OIM

La capitaine du Sea Watch 3 invoque l’état de nécessité pour se diriger vers le port le plus proche. Elle met en avant les recommandations de l’organisation maritime internationale (OMI), ainsi que les appels récents du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) demandant aux Européens de faire un effort et de l’organisation internationale pour les migrations (OIM). L’OIM rappelle en effet avec insistance que les migrants renvoyés en Libye « sont envoyés dans des centres de détention où les conditions sont considérées comme inacceptables et inhumaines. Il reste impossible de garantir la protection des droits des migrants une fois transférés dans ces centres ».

Refus de débarquer à Tripoli

A l’origine, ce sont 53 personnes qui ont été sauvées le 12 juin. Elles dérivaient sur un canot pneumatique dans les eaux internationales. Onze personnes ont été évacuées assez rapidement pour raisons médicales les 15 et 16 juin. Les garde-côtes libyens ont alors désigné Tripoli (en Libye) comme port de débarquement. L’ONG a refusé, considérant qu’il ne s’agit pas d’un port sûr. Cette évaluation est confirmée par la Commission européenne.

La Libye pays non sûr

« Tous les navires battant pavillon de l’UE sont soumis au droit international en matière de recherche et de sauvetage et au principe qui veut que les personnes secourues soient conduites dans un lieu sûr. Nous ne croyons pas que ces conditions sont remplies en Libye » indiquait Natasha Bertaud, porte-parole coordinatrice sur les questions d’immigration de la Commission lors du point presse quotidien lundi (17 juin). L’exécutif européen n’a en revanche pas pu donner d’indication sur l’emplacement possible d’un lieu de débarquement sûr.

L’inertie européenne

Les Européens semblent incapables de faire face aux traversées de bateau en Méditerranée. Depuis près d’un an que Rome a signifié son refus d’accueillir de façon automatique les navires recueillant des migrants ou demandeurs d’asile, ils n’ont pas réussi à se mettre en place sur une quelconque ligne à suivre ou pour mettre un mécanisme temporaire d’accueil et de répartition solidaire entre les différents États membres (lire : Débarquement des migrants : à défaut d’arrangements temporaires, des lignes directrices. La coordination entre les 28 patine)

(Emmanuelle Stroesser)


 

La Cour européenne des droits de l’Homme rejette le recours

La Cour européenne des droits de l’Homme a refusé mardi (25 juin) de statuer en urgence et d’imposer à l’Italie des mesures provisoires de débarquement, estimant que les personnes nécessitant des soins médicaux ont déjà pu être débarquées. L’affaire doit encore être jugée sur le fond, sur le plan de la violation des droits fondamentaux. Le recours a été déposé par 36 des 42 personnes réfugiées sur le bateau depuis le 12 juin.