Entretiens. Une DG défense à la Commission serait diablement efficace (O. Martin)

(B2) Pour Olivier Martin, secrétaire général de MBDA, le Fonds européens de la défense est une sacrée initiative. Il faut cependant veiller à lui donner un supplément d’âme stratégique et doter l’exécutif européen d’une direction générale dédiée aux questions de défense

De gauche à droite : Olivier Martin (MBDA), Alain Alexis (DG GROW), Nathalie Errard (Airbus), Jean Louis Gregorin (JEDI), Laurent Brisset (Sorbonne) et Fanny Coulomb (CESICE) (Crédit : Sorbonne/IREDIES)

Le responsable du missilier franco-britannique s’est exprimé lors des 2e entretiens de la défense européenne le 16 mai dernier à l’université Paris I Sorbonne.

Le Fonds européen de la défense, une bonne idée à maturer

Les principes du Fonds européen de la défense (ou FEDef) vont dans le « bon sens » pour le secrétaire général de MBDA. À savoir celui de « l’autonomie stratégique » et de la « souveraineté ». Les règles d’éligibilité établies sont « totalement satisfaisantes ». Alors que des actions préparatoires sont lancées depuis peu, « nous devrions voir bientôt si ce qui a été espéré va effectivement se mettre en pratique ». Il reste cependant du chemin à faire.

La nécessité d’une volonté stratégique

Le Fonds n’est qu’un outil. Il « a besoin d’une volonté stratégique et politique ». Ce qui va peut-être se révéler difficile après le Brexit alors que « peu de pays » en Europe adhèrent à l’idée d’autonomie stratégique et qu’un des rares qui comprenne bien cette idée, avec la France, « c’est justement le Royaume-Uni ». Et pour concrétiser les efforts, « il faut disposer de champions industriels européens de défense ». Le marché européen reste faible en effet. Il ne représente que « 15 ou 20% du marché mondial ».

Une DG défense à la Commission européenne obligatoire

Enfin, il faut améliorer l’efficacité de la Commission européenne dans la gestion des instruments de défense. Pour Olivier Martin, c’est clair, il faut que la création d’« une DG [direction générale] purement défense » soit sur l’agenda de la Commission future (mise en place cet été ou à l’automne). L’intérêt est d’avoir un organe qui prenne en compte « la spécificité du marché de la défense par rapport au marché civil ». Car « acheter du matériel de défense, ce n’est pas la même chose qu’acheter des voitures ». Si une direction générale totalement autonome n’est pas envisageable, « nous pouvons imaginer une sous-DG défense ».

Profiter des acquis et expériences

Par ailleurs, il serait « souhaitable » que cette potentielle direction générale profite « des acquis et expériences » des organismes européens qui travaillent déjà sur la coopération en matière de défense, notamment de l’agence européenne de défense (EDA) et de Occar (l’organisation conjointe de coopération en matière d’armement). « Gérer un programme d’armements, c’est un métier ».

(Coline Traverson, st.)

Lire également : Entretiens européens de la défense 2019 (1) : une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)