Jolyon Howorth est désormais Français, officiellement

(B2) Le célèbre professeur britannique Jolyon Howorth, spécialiste de la politique européenne de sécurité et de défense, a reçu mardi soir (4 juin) son certificat de nationalité française des mains de l’ambassadrice de France à Bruxelles (Claude-France Arnould) et du consul général (Raphaël Trannoy)

J. Howorth (au premier plan) sous l’oeil attendri et observateur de C.-F. Arnould (ambassadrice de France) et de R. Trannoy (consul général). Sur le piano, le document officiel de la nationalité française (© NGV / B2)

Nous étions ainsi réunis avec quelques amis et personnalités qui ont œuvré sur les questions de défense européenne, de Joachim Bitterlich (ancien conseiller d’Helmut Kohl) à Pierre Vimont (ancien secrétaire général du SEAE et ambassadeur à Washington) en passant par Jamie Shea (ancien porte-parole de l’OTAN) et Giles Merritt (Friends of Europe), pour célébrer l’entrée dans le corpus de la citoyenneté française « d’un des plus Français des Britanniques ». Une naturalisation qui n’est pas anodine puisqu’elle intervient au titre « de services exceptionnels à la France ou dont la naturalisation présente un intérêt exceptionnel pour la France » comme l’a précisé notre hôte, l’ambassadrice de France en Belgique, Claude-France Arnould.

Un choix réfléchi depuis longtemps

Le choix de la nationalité française n’est pas simplement dû au hasard ou au Brexit. Jolyon, qui connait la France aussi bien que vous et moi, est capable de s’exprimer en anglais… avec l’accent français. C’est un Parisien d’adoption, où il réside de manière semi-permanente (avec un autre pied-à-terre dans le sud de la France). Il a toujours un petit appartement dans le 5e, son quartier préféré depuis 1968. Il a été chargé de cours à l’université Sorbonne III Nouvelle de 1969 à 1977. Il avait déjà pensé à demander la nationalité française — nous a-t-il confié – mais s’était heurté au veto de son épouse d’alors. Le « vive la France, vive la République » qui a ponctué son discours est donc un vrai cri du cœur.

Un spécialiste de l’histoire française

Pour ceux qui l’auraient oublié (comme moi), Jolyon n’est pas seulement un spécialiste de la défense européenne reconnu par tous. C’est aussi un féru de l’histoire du socialisme français. Il a ainsi consacré sa thèse (en histoire française) au rôle joué par Edouard Vaillant (et Jean Jaurès) dans la création du parti socialiste unifié en France. « Un rare moment de 1905 à 1920 où la gauche a été réunifiée ». Une recherche intéressante au moment où les élections européennes ont montré à nouveau « la dispersion en plusieurs partis se revendiquant du socialisme ».

Un précurseur dans l’autonomie européenne de défense

Dans le domaine de la défense, ses travaux ont fait souche car il a commencé très tôt à s’intéresser à ce sujet. Son premier ouvrage sur la question date de 1997 (« L’Union européenne et la politique de défense nationale, avec Anand Menon) ; il s’intéresse déjà à la question de « l’autonomie d’Etat », alias ‘autonomie stratégique’ ou ‘freedom of action’. En 2000, il publie un livre en quelque sorte prémonitoire : « Intégration européenne et défense: le défi ultime ? » et réitère en 2003 avec un « The EU, NATO and the Quest for European Autonomy » (avec John T. S. Keeler). Pour terminer par son ouvrage devenu une référence, « Security and defence Policy in the European Union » (2e édition 2014).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Entretiens. Une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).