Conseil de déontologie : c’est non. Le contexte politique est défavorable (SPIIL)

Conseil de déontologie : c’est non. Le contexte politique est défavorable (SPIIL)

Les éditeurs de presse indépendants se déclarent ouverts au principe d’un Conseil de déontologie de la presse. Cependant, ils considèrent que ce Conseil ne peut être une initiative des pouvoirs publics, et que les conditions ne sont pas réunies pour une réflexion sereine sur le sujet, vient d’indiquer ce lundi (11 février) le Syndicat de la presse indépendante en ligne dont est membre B2

Les 185 éditeurs adhérents du Syndicat de la presse indépendante en ligne (Spiil) considèrent que seule une haute exigence déontologique permet de développer une presse indépendante. Le journalisme professionnel se distingue des autres contenus par son respect de règles déontologiques strictes. Pour cela, depuis 10 ans, le Spiil et ses adhérents œuvrent à augmenter le niveau des pratiques déontologiques, non seulement propres aux journalistes, mais surtout aux éditeurs de presse. Citons le combat pour la transparence des aides, le guide des bonnes pratiques du Spiil, ou encore le soutien à la création de chartes de déontologie ambitieuses.

La création d’un Conseil de déontologie pourrait, dans certaines conditions, être bénéfique pour tous. Cela est observé dans de nombreux pays, et participe d’une légitime discussion entre éditeurs, journalistes et lecteurs. Un tel conseil pourrait permettre de limiter des dérives, qui existent dans notre secteur, d’encourager les bonnes pratiques et d’améliorer la compréhension par le public des métiers liés à la production d’information. Une réflexion est engagée au sein du Spiil sur les intérêts et dangers d’un tel Conseil.

Cependant, les conditions politiques ne sont actuellement pas réunies pour une discussion sereine sur le sujet. Comment pourrait-on ignorer les récentes déclarations du chef de l’État : “Le bien public, c’est l’information. (…) Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité.” Selon la Constitution, l’Etat est garant du pluralisme de l’information. En aucun cas de sa “neutralité”. Sauf à penser qu’il n’y aurait plus de place pour une presse d’opinion, essence même de l’expression démocratique. Que le président de la République en exercice évoque publiquement un mécanisme par lequel l’État financerait une structure qui assurerait “la neutralité de l’information” interroge sur l’objectif réel de la mission confiée par le gouvernement à un haut fonctionnaire, ancien PDG de l’AFP, Emmanuel Hoog, pour créer un Conseil de déontologie de la presse.

Ces réflexions présidentielles, exprimées lors d’une rencontre avec des journalistes à l’Élysée, interviennent après l’adoption de deux projets de loi qui ont pour effet de limiter la liberté de la presse. La première sur les fausses nouvelles, adoptée en 2018 sur une initiative du Président de la République. La deuxième sur la protection du secret des affaires, qui empiète dangereusement la loi de 1881 sur la liberté de la presse et a déjà été utilisée contre des journalistes depuis, confirmant les craintes exprimées. À ces deux actes législatifs s’ajoute la récente tentative de perquisition des locaux de Mediapart, membre fondateur du Spiil, en violation du droit de la presse car cherchant à porter atteinte au secret des sources.

À ces deux actes législatifs s’ajoute la récente tentative de perquisition des locaux de Mediapart, membre fondateur du Spiil, en violation du droit de la presse car cherchant à porter atteinte au secret des sources. Enfin, le Spiil estime qu’il n’appartient pas à l’État de susciter la création d’une instance d’autorégulation de la presse. Un Conseil né sous de tels auspices n’aura jamais la légitimité nécessaire. Seule une réflexion sereine issue de la profession elle-même et non du pouvoir politique permettrait d’envisager les contours d’un Conseil de déontologie ambitieux. C’est seulement de cette manière que ce Conseil pourra être au service d’une information libre et indépendante.

(Le Spiil)