Pour (bien) assassiner un journaliste, Ryad aurait dû consulter

(B2) Après avoir procédé à l’assassinat de Jamal Khashoghi, les Saoudiens auraient pu demander l’aide des Européens. Sur ce point, plusieurs pays sont passés maitres dans l’art de se défausser. Un échange de bonnes pratiques pourrait ainsi être judicieux et permettre à Ryad de sortir d’un mauvais pas dans lequel il s’est tout seul placé.

Trois leçons pour (bien) assassiner

Première leçon : ne pas assassiner un journaliste dans une enceinte officielle. Il vaut mieux choisir une route (Malte), le domicile de l’intéressé (Slovaquie) ou un lieu public plus ou moins mal famé (Bulgarie). Cette localisation permet de se dédouaner de toute action officielle, directe ou indirecte.

Deuxième leçon : le faire chez soi, et non dans un consulat, ou une enceinte diplomatique, dans un pays qui n’est pas automatiquement le meilleur ami du monde, et a des ‘services de renseignement’ plutôt efficaces. Le surcroit de confiance en soi n’est pas bon.

Troisième leçon : commencer par démentir, mais très vite déclencher une enquête. Ensuite il y a plusieurs variantes.

Les variantes européennes pour enterrer une affaire gênante

La variante maltaise : traîner

Depuis un an que Daphne Caruana Galizia a été assassinée, l’enquête patine. Le gouvernement maltais est le champion de l’entourloupe. Aucun résultat tangible n’a été mis en valeur. « La justice maltaise a un vrai problème d’état de droit » souligne un diplomate européen. Mais la petite ile de Méditerranée n’est l’opprobre de personne. Du moins officiellement. Si personne n’ose prononcer publiquement ce mot infamant, des experts européens ont planché à plusieurs reprises sur le dossier maltais de la corruption. Lire : L’assassinat de Daphné : un acte d’intimidation avant tout

La méthode bulgare : un simple fait divers

Là l’enquête a abouti en moins de 24 heures pour désigner un coupable presque parfait, alimentant la piste d’une mauvaise rencontre, et non plus d’un assassinat lié à la personnalité de la journaliste. Avantage : plus personne n’en parle. Fait divers = classé.

La méthode slovaque : enquête, démission

On est dans un cas plus raffiné que l’attentisme maltais et la promptitude bulgare. Le ministre de l’Intérieur, présumé au cœur de ramifications coupables a démissionné. Des coupables ont été identifiés. Mais toutes les filières de l’assassinat de Jan Kuciak et de sa compagne n’ont pas été démantelées. Et l’Etat reste très fragile. Lire : Ján Kuciak assassiné par qui ? pour quoi ?

(Nicolas Gros-Verheyde)

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