Quand un P3 Orion survole l’océan indien

(B2) La surveillance aérienne de l’Océan indien est des vecteurs essentiels de l’opération anti-piraterie de l’Union européenne (EUNAVFOR Atalanta). La Bundeswehr a publié récemment un petit récit de la journée type de ses marins-aviateurs dont la principale qualité est la curiosité…. Le voici

Dans le cockpitt du P3 Orion (crédit : Bundeswehr/Carsten Vennemann)

Le P-3C Orion de la marine allemande qui répond à l’indicatif d’appel radio « Jester » était sur zone de septembre à fin novembre. 280 heures de vol à son actif pour surveiller une zone plus vaste que l’Europe. Il a été relayé sur place par un P-3M Orion espagnol, avant de revenir prendre le relais en mars (1). Ce témoignage, même venant d’un organe de communication officiel est intéressant, car il retrace en bonne partie le quotidien de ces hommes (et femmes) chargés de scruter la mer à la recherche du moindre indice de possibles pirates.

Il fait chaud

A cinq heures et demie du matin, le thermomètre pointe déjà à 30 degrés – et il ne va faire que monter. La chaleur et l’humidité à Djibouti constituent un défi pour les hommes, comme pour les matériels. Les techniciens de l’escadron d’aviation navale 3 de Nordholz se dirigent vers la base aérienne de l’armée de l’air française.

La mer se calme et le risque augmente

L’entre-saison commence ce jour-là. La mer au large de la Somalie se calme et la probabilité d’attaques de pirates augmente. Le long de la côte somalienne, l’une des routes commerciales les plus importantes au monde. Même si le risque d’attaques pirates a été réduit ces derniers temps, l’heure reste à la vigilance.

Le feu couvant de la piraterie

« La piraterie est comme un feu couvant ici. Il suffit d’un coup de vent et le feu est ravivé », explique le chef de quart Etienne Wilke. Âgé de 39 ans, il a déjà été affecté six fois au poste de capitaine de corvette à Djibouti. Les anciens pirates ont cessé leur activité « C’est devenu trop dangereux pour eux.

L’inspection pré-vol

Arrivés à la base, les soldats allemands commencent par l’inspection pré-vol, qui va durer trois heures. Le « centre d’assistance aux missions » (MSC), centre opérationnel de la participation allemande à Atalanta, est en feu. Les armoires de serveurs bourdonnent. Les ventilateurs refroidissent la pièce. Le premier maître Hagen Klein, assis dans un coin, feuillette un dossier. C’est l’évaluateur des images aériennes.

Préparer le travail d’après

Les capitaines (Kapitänleutnant) Timo Brasch * et Werner Rudolph * sont également devant leur moniteur dans le MSC, en train de dresser des listes et de définir les données. Les deux officiers chargés du renseignement et du ‘tasking‘ préparent le briefing de l’équipage. « Les missions sont préparées, accompagnées et suivies », explique Rudolph. « Quand l’appareil reviendra ce soir, le travail principal commencera pour nous. » Ensuite, des centaines de nouvelles photos et vidéos devront être repérées.

Douze camps à parcourir

Sept heures du matin : le briefing commence. Aujourd’hui, direction : la côte sud de la Somalie. Douze camps doivent être parcourus et explorés, tous d’anciens nids de pirates. Une demi-heure avant le départ, l’équipage se rassemble dans l’avion. Le navigateur explique l’itinéraire et explique les points à contrôler. Puis Jester décolle.

Deux heures de vol

Le vol vers la zone d’opération dure plus de deux heures. « Le champ de surveillance est énorme, les distances sont longues », explique le copilote Torsten Maler *. Pour les opérateurs, jusqu’à l’arrivée dans la zone cible, il y a peu à faire. Le navigateur principal Markus Bayer * se sert un café dans la petite cuisine de l’avion. Pour lui, c’est la troisième mission à Atalanta. « Nous nous relayons toujours aux différentes stations. Après un moment, il est très fatigant de se concentrer sur la caméra ou le radar. Même en tant qu’observateur aux fenêtres, vous ne pouvez pas regarder éternellement sur l’eau. »

Côte somalienne en vue

La côte somalienne est en vue, le Jester a atteint la zone opérationnelle. À mi-hauteur, le premier camp est survolé : « Il y a une maison en ruine et des bâches orange qui servaient autrefois de tentes. Pas de gens, pas de bateaux sur la plage. » Néanmoins, tout est photographié pour réactualiser les anciennes images du camp [qui sont dans la base de données]. L’avion continue jusqu’au prochain camp.

Tout est enregistré automatiquement

Bayer effectue un zoom avant avec la caméra haute résolution. Tout est enregistré automatiquement. Malgré la distance de plusieurs milles marins, sur l’écran, tout est net et suffisamment proche pour être touché. Dans le village, il y a des gens, des voitures et un troupeau de chameaux à reconnaître. Sur la plage se trouvent une poignée d’esquifs, des petits bateaux de pêche typiques de la région. Le camp est, à nouveau, survolé pour ne manquer aucun détail.

Un baleinier, pêcheur ou pirate ?

A la troisième approche, un baleinier. Concentrés, les soldats sont assis devant leurs consoles, prennent des photos et se connectent. Pêcheur ou pirate ? Le gros bateau de pêche suscite l’intérêt à bord du Jester. L’avion fait un nouveau passage pour vérifier. L’équipage du bateau regarde dans le ciel, puis retourne au travail. « Rien de brillant, probablement que des pêcheurs. Souvent, ils soulèvent leurs bâches pour montrer leur cargaison ou leurs filets. Ils savent pourquoi nous sommes ici », explique Bayer. Surveillance terminée, l’appareil revient à la base.

Retour à la base, paré au redécollage

Les techniciens attendent déjà sur la base. Immédiatement après l’atterrissage, l’appareil doit être prêt à redécoller. Dès que Jester atteint sa position de stationnement, l’avion est entouré de techniciens : les lignes d’alimentation électrique et de climatisation sont connectées, les volets des moteurs sur le fuselage ouverts, les niveaux de remplissage vérifiés, etc. « Chaque étape, chaque mouvement, tout le processus semble être une chorégraphie répétée. Tous ont un seul objectif : faire en sorte que Jester soit prêt à repartir le plus rapidement possible ». Pour l’équipage, la journée se termine après un bref compte rendu. Pour les trois militaires du MSC, la journée commence avec la rédaction du rapport de mission qui va prendre quelques heures.

(traduit et mis en page par NGV)

*noms modifiés

  1. L’Allemagne est présente depuis le début dans l’opération Atalanta. Elle fournit deux fois par an, un appareil de surveillance maritime, de type P3 Orion, pour une durée de trois mois, avec un équipage de plus de 70 soldats.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).