Et de trois ! Une journaliste bulgare assassinée. Elle enquêtait sur une fraude européenne

(B2) Viktoria Marinova, jeune présentatrice de 30 ans d’une émission d’actualités sur la chaîne de télévision bulgare TVN a été assassinée, en pleine journée, à Roussé, samedi (6 octobre). Son corps a été retrouvé dans un parc de la ville.

Cela commence à faire beaucoup ! Il y a presque un an, la Maltaise Daphné Caruana Galizia mourait (le 16 octobre) dans l’explosion de sa voiture. 4 mois plus tard, c’était au tour d’un Slovaque Jan Kuciak d’être  assassiné (le 21 février).

Des intimidations très claires

Le dernier reportage présenté par Viktoria Marinova reprenait un reportage des journalistes d’investigation du site Bivol, sur une gigantesque fraude liée au détournement de fonds européens (cf. encadré). Après la publication de ce sujet, deux de ces journalistes — Attila Biro, rédacteur en chef roumain du portail d’investigation Rise Project Romania, et le bulgare Dimitar Stoyanov du media Bivol réputé pour ses enquêtes sur la corruption — avaient été arrêtés par la police à Pernik dans la banlieue de Sofia. Et l’ONG Reporters sans frontières avait déjà demandé que leur protection soit assurée. RSF a réitéré ce soir cette demande : les autres journalistes de TVN « ayant travaillé sur le même reportage sensible que Viktoria Marinova doivent être placés sous protection policière en attendant les résultats de l’enquête ».

Une tournure très inquiétante

A l’Association des journalistes européens (AJE) – section France, nous sommes plus qu’inquiets de la tournure prise ces derniers mois dans plusieurs pays d’Europe. Quand les journalistes informent, ils dérangent. Et on le leur dit vertement. Quand ils enquêtent, ils gênent. Et on leur refuse les accès nécessaires. Quand ils pointent le doigt sur des dossiers trop sensibles, alors tous les moyens semblent bons pour s’en débarrasser. Y compris l’assassinat. Cela ne peut plus durer !

Les autorités européennes doivent se saisir de la question

Nous demandons aux autorités bulgares d’assurer toute la lumière sur ce meurtre odieux. Mais nous demandons aussi aux autorités européennes de se saisir de ce problème, de façon rapide et énergique. La corruption de certaines personnes, y compris de personnes haut placées dans les gouvernements, ne peut plus durer. Des enquêtes européennes doivent être diligentées, de façon rapide et énergétique, afin que les coupables soient identifiés, écartés du pouvoir au besoin, et jugés.

(Nicolas Gros-Verheyde)

vice-président de l’AJE-France


L’enquête de Bivol a révélé qu’un groupe de sociétés de conseil était impliqué dans la manipulation des enchères de financement européennes. Les prix des biens et services payés avec des fonds européens étaient gonflés de 20 à 30%. Peu après la présentation de ces informations lors d’une conférence de presse, les journalistes ont appris que certains des documents présumés frauduleux étaient transportés hors de Sofia pour être détruits. Des journalistes les ont filé. Ils ont été alors appréhendés par des policiers et arrêtés (les informations de Rise projet).


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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).