Pics de violence à Bangui. A ne pas confondre avec un conflit religieux

Drapeau centrafricain en berne dans le camp de l’ONU à Bangui, pour les trois jours de deuil national déclarés par le président, après les incidents du 1er mai (Crédit : MINUSCA)

(B2) Après plus d’une année et demi de calme, la situation semble avoir singulièrement changé à Bangui. Les violences s’enchainent, sans que personne ne semble capable de désarmer les milices.

Mardi 1er mai, ce sont une église et une mosquée qui ont subi les dommages collatéraux du conflit, faisant plus d’une vingtaine de morts dans la capitale de la Centrafrique.

Une bavure qui fait 22 morts

Tout commence avec un incident « banal » mardi soir. Des gendarmes centrafricains et un groupe de la milice « Force » s’affrontent. Le chef du groupe, Moussa « Empereur », aurait été blessé par balle, à quelques centaines de mètres du PK5. Pour la suite, deux versions coexistent. Les forces de l’ordre assurent que la milice est revenue à la charge et a attaqué les gendarmes. Depuis le comité de prévention des crises du 3e arrondissement de Bangui, les gendarmes se sont réfugiés dans l’église de Fatima, alors que la messe était en cours. Celle-ci s’est retrouvée entre deux feux. Résultat : plusieurs personnes tuées, dont le prêtre. S’ensuit une flambée de violence dans plusieurs points de la ville, avec pour cible les musulmans. Deux hommes sont brûlés vifs (deux Sénégalais) et la mosquée de Lakouanga est détruite. La foule est finalement dispersée à proximité du palais présidentiel. A la fin de la journée, le bilan est lourd : 22 personnes et plus de 100 autres blessées, dont deux casques bleus.

La menace venue de Kaga-Bandoro ?

Derrière ces évènements, selon le président Touadéra, se trouvent les éléments du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC) conduits par Abdoulaye Hissène. Regroupés depuis plusieurs semaines à Kaga-Bandoro, ils menacent de « marcher sur Bangui ». Ce qui rappelle fortement le coup d’état de 2011 et inquiète les Centrafricains comme les acteurs internationaux présents à Bangui.

… accélérée par la présence russe 

Un facteur accélérateur des tensions semble être la présence, de plus en plus visible, des Russes en RCA. Déjà, lors des incidents d’avril au PK5 (lire : Situation très tendue à Bangui depuis dimanche. Plusieurs morts, des dizaines de blessés) un militaire russe aurait été au cœur de l’action musclée menée dans le quartier. C’est d’ailleurs l’implication militaire croissante de la Russie aux côtés du gouvernement centrafricain qui est au cœur de la colère du FPRC. Un épisode impliquant des Russes a d’ailleurs failli mettre le feu aux poudres, samedi 28 avril. Selon RFI, un avion russe aurait atterri à Kara-Bandoro pour tenter de négocier avec les rebelles. A bord, trois hommes armés blancs, vite suspectés d’être Russes.

NB : en décembre 2017, le Kremlin a obtenu de l’ONU une exemption de l’embargo et donc l’autorisation de livrer – gratuitement – un chargement d’armes en RCA,. Un Ilyushin IL-76MD de l’armée russe, immatriculé RF78805, a déposé le 26 janvier et début février, en plusieurs voyages, environ 5.000 fusils d’assaut, des mitrailleuses, des pistolets et des lance-roquettes. Avec ces armes, 175 instructeurs russes se sont installés à Berengo, ancien palais de l’empereur Bokassa (lire : Les Russes entraînent l’armée centrafricaine à la place des Européens). Depuis, ils sont devenus très visibles. Ils ont notamment remplacé les casques bleus rwandais pour assurer la sécurité du président et pris le contrôle des systèmes de communication du pays

L’appel de Touadera pour renforcer la MINUSCA

C’est dans ce contexte de dégradation de la sécurité que le président de la RCA, Faustin Touadéra a demandé à l’ONU d’augmenter les effectifs de la MINUSCA lors de son dernier passage devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 24 avril dernier. « Nous lançons à nouveau un appel au renforcement des effectifs de la MINUSCA par des contingents opérationnels et professionnels. » Le président centrafricain demande surtout que la mission passe du maintien de la paix à « l’imposition de la paix afin d’éviter de faire échec aux efforts de consolidation et pérennisation de la paix ».

(Leonor Hubaut)


Commentaire : le faux pas d’Antonio Tajani

Lors de la mini-session plénière de Bruxelles, mercredi dernier (2 mai), le président européen a commis un sérieux faux pas. Depuis son arrivée au perchoir de l’institution, Antonio Tajani veut faire de la politique extérieure son instrument pour obtenir plus de prestige, pour l’institution… ou pour lui-même (1). Profitant de la séance d’ouverture, l’Italien, ancien commissaire européen, a confirmé cette intention, passant en revue plusieurs actes violents à travers le monde pour les condamner. Sur la Centrafrique et Bangui, il a été prolixe, regrettant « l’assassinat de chrétiens » au lieu de parler plus amplement des violences. Comme si la mort de musulmans, le même jour, était sans importance ! Mais, surtout, il a utilisé le mot « génocide ». Un mot qui a une définition juridique très précise et ne peut être employé à tout propos. Il est tombé ainsi dans le piège partisan qui n’est pas à la hauteur du poste qu’il occupe. En RCA, il n’y a pas de conflit religieux. Certaines parties utilisent cet argument pour envenimer le débat, mais le propre président centrafricain l’a bien signalé : « Ne tombez pas dans le piège du conflit confessionnel. »

(LH)

(1) A. Tajani n’a pas fait mystère de son désir de revenir sur la scène italienne, pour y occuper un poste de premier plan. Malheureusement la défaite de son parti Forza Italia le prive (pour l’instant) de ce poste.