L’affaire Selmayr, une polémique démesurée

L’affaire Selmayr, une polémique démesurée

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(B2) Une polémique, aussi démesurée que stérile, s’est développée autour des modalités de la désignation du nouveau secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr. C’est l’opinion de notre chroniqueur Jean-Guy Giraud.

Certains organes de presse – d’habitude mieux inspirés – ont entrepris de transformer en ‘affaire d’État’ une procédure administrative qui – pour avoir été peut-être précipitée et mal menée du fait des circonstances – n’en demeure pas moins assez classique. ‘L’affaire Selmayr’ agiterait à présent certains milieux parlementaires européens – avant d’être, sans doute, soumise à l’examen du Médiateur …(lire : L’affaire Selmayr devient politique. Les socialistes agitent la menace d’une motion de censure).

Il peut donc être utile de proposer ici quelques remarques visant à re-cadrer cette question dans un contexte plus large :

D’une part, les secrétaires généraux occupent une place à part dans l’organigramme des institutions européennes . Ils sont, de fait, considérés ‘hors cadre’. En raison de la nature de leurs fonctions, leur choix diffère des procédures normales de promotion/nomination des fonctionnaires du “cadre”. Il est de facto laissé à la discrétion du Président, sous réserve de l’accord de l’organe politique de l’Institution. On retrouve des situations et procédures de ce genre dans la plupart des États membres.

D’autre part, dans ce choix, les considérations de capacité professionnelle, d’expérience, d’autorité, d’indépendance, de motivation et d’engagement européen doivent l’emporter sur toutes autres relatives par exemple à la nationalité, l’inclination politique ou même, au genre. Dans le cas considéré, il semble bien que le nouveau secrétaire général soit pourvu de ces qualités (1).

Enfin, il serait inopportun et irresponsable de déstabiliser une Institution telle que la Commission pour une affaire individuelle, administrative et interne de ce type. Dans la situation actuelle de l’UE – « malade de ses États membres” – la solidité et la réputation de l’exécutif ne doivent pas être remis en cause pour des motifs non-essentiels. Son rôle supérieur de gardien des Traités, de moteur et de permanence du projet européen ne doit pas être altéré par ce type d’ »affaire » qui, en toute hypothèse, doit être réglé en interne (2).

Dernier point. On peut remarquer que, dans une certaine mesure, cette “affaire” a été l’occasion – notamment pour les syndicats de la fonction publique européenne – de soulever un grief plus général et légitime : celui de la politique de promotion aux grades élevés (DG et D) des Institutions (notamment à la Commission et au Parlement). Cette politique est parfois accusée de déviance du fait de la prise en considération de critères exogènes tels que la nationalité, l’affiliation politique ou la proximité avec des membres des organes dirigeants. Il s’agit là d’une vraie question qui mérite en effet d’être traitée – dans son contexte, différent de celui des secrétaires généraux.

(Jean-Guy Giraud)
Les opinions de l’auteur n’engagent que lui-même, même si nous pouvons en partager certains aspects – titres et intertitre sont de la rédaction
Crédit photo : présidence bulgare de l’Union européenne 2018