Solana, Mogherini, Fischer à la bibliothèque Solvay

Javier Solana, Federica Mogherini (crédit : SEAE)

(B2) Javier, Joshka, Federica, trois personnalités européennes, trois caractères, trois vécus différents. Ce trio prestigieux était réuni, juste avant le sommet européen, mercredi (13 décembre), dans l’enceinte mythique de la Biblothèque Solvay, au cœur du parc Leopold à Bruxelles.

Un beau parterre, des ambassadeurs, des « think-tankers » et quelques journalistes (dont B2). L’occasion pour ces Européens convaincus de célébrer la mise en place de la Coopération structurée permanente mais aussi de se remémorer des souvenirs. Un moment agréable et intéressant.

Soyez audacieux

« Les temps aujourd’hui sont vraiment différents » a tenu à dire Javier Solana, qui été le premier Haut représentant de l’UE. Mais il reste un principe : « Si vous n’êtes pas audacieux, vous échouez. Vous devez sauter ». Et de saluer le travail « impressionnant qui a été accompli en quelques mois, aussi grâce à Federica Mogherini »

Il y a trois ans, pas grand monde n’y croyait

Quand j’ai commencé mon mandat, « ce n’était pas vraiment le moment de relancer l’intégration européenne, en particulier sur la défense, j’en ai eu la confirmation au Parlement européen, lors de ma première audition » s’est-elle rappelé. « Quand j’ai parlé de faire pleinement usage du traité de Lisbonne, beaucoup m’ont répondu que les conditions politiques n’étaient pas réunies, que c’était impossible. »

Le conseil de Solana

« J’ai été vous voir à Madrid, au tout début de mon mandat, lors d’un petit déjeuner. Et vous m’avez dit d’être « ambitieuse et pragmatique, et de surmonter les gens qui vous disent « ce n’est pas possible » », c’est ce que j’ai fait, s’est souvenu la Haute représentante de l’Union. « On n’a pas voulu rouvrir le débat idéologique de l’armée européenne ou d’un QG unique »

Agir ensemble n’est pas une option

« Un État membre ne peut résoudre toutes les crises tout seul. Nous faisons face à une prolifération des crises. Ce n’est que dans l’Union que nous pouvons réunir tous les outils, [pour] ne pas être qu’un partenaire commercial ou économique. […] Hier c’était une vision, aujourd’hui c’est une nécessité. » Mais l’Union européenne peut agir comme un « point cardinal, une boussole dans ce monde confus et dangereux »

Attention à la surdose d’optimisme

Après avoir « confessé » un « sentiment de profonde satisfaction », l’ancien ministre allemand (Verts) des Affaires étrangères Joshka Fischer a tenu à nuancer tout sentiment de victoire. « Vous avez raison c’est le moment de célébrer, mais faites attention, ne soyez pas trop optimistes sur la volonté des Européens. Que se serait-il passé si (Emmanuel) Macron n’avait pas été élu. Nous sommes passés tout près » a-t-il averti.

« Toute mission militaire a besoin d’une stratégie politique »

Il a aussi tenu à rappeler combien était vital « dans une mission ou opération, d’avoir une stratégie politique, des orientations politiques ». Les victoires militaires ne suffisent pas. C’est le cas notamment au Kosovo. « Les militaires n’ont pas amené le résultat espéré [mais] où était la planification politique ». Idem, « après la guerre en Irak », pour les Américains.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).