L’opération Sentinelle, utile mais à redimensionner (Bosser)

L’opération Sentinelle, utile mais à redimensionner (Bosser)

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Militaires de l’opération Sentinelle dans le métro parisien (Crédit : DICOD)

(B2) Lors d’une audition à l’assemblée nationale, le 19 juillet dernier, le général Jean-Pierre Bosser, le patron de l’armée de terre, a exprimé ses doutes sur l’opération Sentinelle, qui consomme nombre de ressources humaines. Sans mettre en doute son utilité (un tabou officiel), il a cependant plaidé pour un redimensionnement, plus soutenable de l’opération. Une analyse intéressante alors que six militaires ont été blessés lors d’une attaque par un véhicule dans les rues de Levallois, ce mercredi (9 août).

Sentinelle, consommatrice de ressources humaines …

La présence de l’armée de terre « a reçu mission de renforcer les moyens de l’État en cas de crise, comme c’est le cas avec la contribution des armées au plan Vigipirate depuis 1995 […]. La grande différence de Sentinelle, c’est que cette opération déploie d’énormes masses – jusqu’à 10.000 hommes – sur le territoire national. Aujourd’hui, il y en a 7 000 – et 3 000 en réserve. » Une opération qui ne suscite pas chez les jeunes recrues un enthousiasme folichon. « Nos jeunes s’engagent pour l’action et pour voir du pays. Quand on leur dit que leur première mission sera « Sentinelle » à la gare du Nord, cela ne les fait pas rêver. Je ne vais pas raconter des histoires : ils se sont engagés d’abord pour partir au Mali ou sur d’autres théâtres d’opérations extérieures. »

La place des armées sur le territoire national

L’opération Sentinelle (re)pose la question sur « le rôle et la place des forces armées sur le territoire national. Cela a fait l’objet de nombreux débats, qui portent sur le bien-fondé, ou non, de déployer des forces armées. Est-ce vraiment leur rôle, par rapport aux forces de sécurité intérieure ? Si oui, pour quoi faire ? Et surtout, comment le faire ? »

Une évolution de Sentinelle

Depuis sa mise en place, en 2015, « nous sommes passés d’un dispositif statique où nos soldats étaient vraiment employés comme des sentinelles, vers des dispositifs beaucoup plus dynamiques ». Une nécessité car selon plusieurs sources au sein des armées consultées par B2, le dispositif originel était impossible à tenir. Il consistait quasiment à supprimer soit les périodes de repos, soit les entraînements, soit les deux. Mais il faudra encore évoluer. Le général Bosser « espère [ainsi] que dans le cadre de la rénovation ou de la suite de l’état d’urgence, nous serons encore amenés à faire évoluer le rôle et la place des forces armées ».

Redimensionner la mission

Pour le général, il faut être réaliste. Mais il faut alléger le dispositif pour avoir davantage de réserve et d’anticipation. Donc plus question d’avoir 7000 hommes mobilisés comme aujourd’hui. Mais juste 3000. « On n’échappera pas, je le pense, à la présence de quelque 3 000 hommes répartis sur des points clefs de Paris comme la Tour Eiffel, le Louvre… Ensuite, il faut 3 000 hommes en réserve pour monter en puissance en cas de coup dur, n’importe où en France. Enfin, je souhaiterais qu’une troisième fraction de 3 000 hommes, aujourd’hui encore déployés, soit consacrée à l’anticipation. J’entends que l’on travaille sur les scénarios de crise – tels que définis par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) – comme les prises d’otages de masse, les risques industriels, les risques bactériologiques. Ce n’est pas anxiogène pour les Français qui sont capables de comprendre qu’en nous y préparant, nous nous préparons à assurer leur sécurité. »

NB : Une formule qui pourrait avoir l’assentiment du chef de l’État. Lors de sa visite sur la base aérienne d’Istres, le 20 juillet, Emmanuel Macron avait annoncé avoir demandé « une réflexion en profondeur […] pour l’automne qui permettra de réviser les modalités de l’opération Sentinelle ». Réflexion que devra lui présenter le nouveau chef d’état-major des armées, le général Lecointre.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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