Les 28 veulent frapper les passeurs libyens au portefeuille

(B2 – exclusif) La lutte contre les réseaux de passeurs en Libye n’a pas vraiment marqué d’effets notables. C’est un fait qui ne peut être nié aujourd’hui. Et l’Europe semble décidée à sortir son bâton « sanctions » pour frapper les « têtes » et les bénéficiaires de ces réseaux.

Un faible résultat de l’opération Sophia

L’opération maritime en Méditerranée (EUNAVFOR Med / Sophia) n’a pas vraiment obtenu de résultats dans la lutte contre le trafic d’êtres humains. L’objectif premier de la mission : démanteler les réseaux de passeurs est, pour l’instant, loin d’être atteint. C’est un euphémisme… Le nombre de personnes interpelées par les marins de l’opération Sophia (110 en deux ans) ne doit pas faire illusion. Ce sont en général de petites mains, des migrants eux-mêmes qui ont reçu mission de conduire leurs compagnons d’infortune. Dans ce lot, il y a très peu de passeurs — moins d’une dizaine selon nos sources (1) –, et encore moins de responsables du trafic. Ce que nous confirme un diplomate : « on le sait bien que les têtes de réseaux ne sont pas à bord des pneumatiques ». Ceux qu’on appréhende ainsi sont « des hommes de paille ou des personnes qui sont placées tout en bas de l’échelle des réseaux ».

Changer de méthode …

L’Union européenne va donc passer à ce qu’elle sait le mieux faire : établir des sanctions. Elle prépare ainsi une liste noire de personnes placées dans les réseaux, qui seront à la fois interdites d’entrée dans l’Union européenne (interdiction de visas) et dont les avoirs seront gelés dans les banques européennes. « C’est une nouveauté » — reconnait un diplomate européen avec qui B2 s’est entretenu –. Ce n’est pas tant le volet « interdiction de visas » qui sera efficace. Chacun en est conscient au niveau européen. « Ce n’est pas en leur interdisant de venir à Paris et à Rome qu’on aura un effet » Il faut frapper au portefeuille » y compris en Europe. « Nous avons identifié des personnes qui sont dans ces réseaux, ce qu’ils font, d’où ils viennent, qui ils sont. Nous sommes capables donc de mettre des noms ».

... et geler les fonds dans les banques européennes

« Les flux financiers ne restent pas dans des matelas à Tripoli. On le sait. Il y a des donneurs d’ordre, de l’argent qui circule y compris dans les banques européennes, il faut y mettre un terme. » Une mesure « indispensable […] Le trafic d’être humains génère d’importants profits. Il faut frapper au portefeuille. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un chiffre non confirmé officiellement. Les autorités européennes se refusent à donner tout détail sur le devenir de ces personnes, leur profil, leur devenir (condamnés, pas condamnés). Une sorte d’aveu de semi-échec…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).