Le parquet de Catane enquête sur les liens trafiquants-ONG

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(B2) Selon le quotidien italien La Stampa qui relate des informations en provenance du ministère italien de l’Intérieur, il existe des liens entre les réseaux de trafiquants opérant en Libye et certaines ONG.

Des preuves de contacts ONG-trafiquants

« Nous avons des preuves que parmi certaines ONG et les trafiquants d’êtres humains qui sont en Libye il y a des contacts directs – souligne le procureur de Catane, Carmelo Zuccaro (1). Il y a des appels téléphoniques qui partent de la Libye à certaines ONG, qui guident la route des navires de ces organisations, avec des navires qui abandonnent soudainement leurs transpondeurs. Ce sont des faits établis. »

Certaines ONG à la limite

Le procureur de Catane accuse les ONG d’être à la limite de leur travail. « Nous ne sommes pas du tout sûr que certaines ONG font un travail très sain. Quand, au début de l’opération Sophia, où même les navires militaires étaient proches des eaux libyennes, nous leur avons demandé de revenir, ils l’ont fait. Les ONG, au contraire, sont toujours là ». Toutes les ONG ne sont pas à mettre dans le même sac. « Il y a de bonnes et des mauvaises », selon le procureur de Catane. Certaines telles MSF ou Save the Children ne seraient pas en cause, à écouter le magistrat italien. « Il y a peu de choses à dire ». Mais d’autres — comme le MOAS maltais, l’ONG allemande Sea-Watch ou l’Espagnole Proactiva Open Arms – semblent plus dans la ligne de mire du parquet de Catane.

La nouvelle tactique des trafiquants

« Nous avons de la documentation photographique sur la dernière technique utilisée par les trafiquants » indique un des enquêteurs au quotidien italien. « Les migrants sont entassés sur des bateaux en caoutchouc qui peuvent flotter juste quelques miles [nautiques] ou sur de petits bateaux. Et ils les escortent avec des bateaux à moteur jusqu’à voir un bateau ou un responsable de l’ONG. Après cela, ils font le trajet inverse, retour vers Libye. »

Des migrants tiennent le gouvernail

« Sur les radeaux, le gouvernail est confié à un ou deux migrants. Parfois ils sont obligés, souvent ils se proposent aux trafiquants pour payer leur voyage. » Il y a des habitués. Traditionnellement ce sont les Nigérians qui tiennent la barre, « courageux et audacieux. Mais, ces derniers temps, on voit même les migrants du Bangladesh, qui sont doux et n’ouvrent jamais la bouche, prêts à devenir des passeurs ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Parmi les différents parquets en Italie, saisis des affaires de naufrages et de trafic de migrants (Palerme, Cagliari et Reggio de Calabre), celui de Catane possède la plus large et la plus ancienne expérience. Il a été saisi depuis le naufrage d’octobre 2013, au large de Lampedusa, faisant plus de 350 morts. Couvrant également l’Est de la Sicile, avec les ports de Pozzallo, Augusta, Catane et Messine, où débarquent la plupart des migrants, c’est lui qui est le plus souvent saisi de ces faits.


Une accusation récurrente

Ce n’est pas la première fois que les ONG sont accusés de collusion ou de favoriser les trafiquants. Dans le rapport semestriel d’EUNAVFOR Med transmis à Bruxelles, le commandant de l’opération avait indiqué ses doutes sur certaines ONG (lire : La présence des ONG au large de la Libye : un effet d’aubaine pour les trafiquants ?). Doutes partagés par l’agence Frontex mais contrecarrés par les ONG (lire : MSF répond aux accusations de Frontex).


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