Allons z’enfants de l’Europe

Donald Tusk au sommet d’octobre 2016 (crédit : Conseil de l’UE / Archives B2)

(B2) Dans une lettre envoyée à tous les dirigeants, avant le sommet européen de Malte (puis de Rome), Donald Tusk, s’est laissé aller à un certain lyrisme. Dans des propos qui tiennent davantage de la lettre ouverte que de la missive confidentielle, le président du Conseil européen appelle les Européens à se ressaisir : « Unis nous vaincrons, divisés nous échouerons » indique-t-il en tête de son épistole.

La désintégration de l’Europe ne rendra pas un pouce de souveraineté aux États

« Il faut être parfaitement clair: la désintégration de l’Union européenne ne rendra pas à ses États membres une souveraineté intégrale, quelque peu mythique; en réalité, elle les inféodera de fait aux grandes superpuissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons être indépendants. »

S’affirmer davantage à l’intérieur

La réponse de l’UE aux nouveaux équilibres mondiaux doit être « affirmée et spectaculaire ». « Ce dont les Européens ont besoin, c’est de courage, de détermination et de solidarité politique, sans quoi nous ne survivrons pas. Affichons notre fierté européenne » clame le Polonais. Il appelle les Européens à prendre « des mesures énergiques et retentissantes ».

« Dans le monde d’aujourd’hui, où des nations-continents comptent des centaines de millions d’habitants, les pays européens pris isolément ne font guère le poids. Mais l’UE a un potentiel économique et démographique qui en fait l’égale des plus grandes puissances. C’est pourquoi il faudrait que, de Rome, les 27 envoient le signal essentiel de leur volonté d’être unis. Un signal proclamant qu’il ne s’agit pas seulement de devoir être unis, mais de le vouloir. »

 

L’incapacité américaine oblige à repenser les relations Europe – Monde

Donald Tusk — dont le sentiment transatlantique ne peut être mis en doute – ne cache d’ailleurs pas son trouble face aux » inquiétantes » déclarations de la nouvelle administration américaine sous Donald Trump, qui pèsent sur le futur.

« Pour la première fois dans notre histoire, dans un monde de plus en plus multipolaire, tant de gens deviennent ouvertement anti-européens, ou au mieux eurosceptiques. En particulier le changement à Washington met l’Union européenne dans une situation difficile. »

Il suggère ainsi d’« utiliser le changement dans la politique commerciale des Etats-Unis à l’avantage de l’UE » pour relancer les échanges avec d’autres pays.

Se faire respecter à l’extérieur

Si l’UE reste sourde à « ce qui se décide contre l’UE et notre avenir », « nos partenaires dans le monde cesseront de nous respecter ». Tusk se refuse à ce que « l’Europe et ses dirigeants courbent l’échine devant les puissances extérieures et leurs dirigeants ». « Objectivement, il n’y a aucune raison » pour cela, insiste-t-il. « Aujourd’hui, nous devons défendre sans ambiguïté notre dignité, la dignité d’une Europe unie, que notre interlocuteur soit la Russie, la Chine, les États-Unis ou la Turquie. »

Avoir le courage de s’opposer aux démagogues

« Ayons donc le courage d’être fiers de ce que nous avons accompli, qui fait de notre continent le meilleur endroit au monde. Ayons le courage de nous opposer à la rhétorique des démagogues qui prétendent que l’intégration européenne ne profite qu’aux élites, que les petites gens n’ont fait qu’en pâtir et que les pays s’en sortiront mieux seuls qu’ensemble. »

Télécharger la lettre de Donald Tusk (anglais)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).