Tanks US en Pologne : un déploiement plus politique qu’opérationnel

(B2) L’arrivée de plusieurs dizaines de chars américains en Pologne est décomptée au compte-gouttes. « Le plus grand redéploiement depuis la guerre froide » annonce-t-on. Le titre peut faire frémir. Mais soyons clairs : avec 83 chars, environ 500 véhicules divers — du camion de transport de fret à l’Humwee, tout pimpant dans sa carrosserie extérieure mais vieillissant à l’intérieur —, et quelque 3 à 4000 hommes , ce (re)déploiement américain en Pologne d’une brigade blindée reste somme toute modeste.

 Déploiement d’un canon automoteur M109 Paladin sur la base de Drawsko Pomorskie en Pologne (crédit : US Army)

Un geste politique

Ce geste est avant tout politique, destiné à montrer à la Russie voisine que les États-Unis sont toujours là, et surtout à rassurer la population (et les gouvernements) d’Europe de l’Est, qui peuvent être à juste inquiets de revoir à la frontière les Russes bomber le torse. Les tambours et trompettes qui vrombissent au moindre mouvement de chenille américaine sont faits pour cela. Le but n’est pas tant d’être efficace au plan militaire. Il s’agit de faire du bruit.

3 à 4000 Américains : un chiffre à relativiser ?

Ce chiffre parait grandiose. Il doit être relativisé par certains éléments de réalité. Premièrement, quand l’armée US se déploie dans un endroit, c’est avec armes, bagages et un énorme soutien logistique. Là où il faut un soldat européen déployé, les États-Unis en déploient généralement deux ou trois, selon le ratio observé régulièrement (1). Deuxièmement, si les matériels resteront sur place, les hommes seront placés en rotation dans le pays et non de façon fixe. Il ne s’agit pas de réimplanter une présence fixe importante en Europe. Enfin il faut remettre cela dans la perspective des forces américaines déployées dans d’autres pays européens qui se comptaient encore en dizaines de milliers d’hommes principalement en Allemagne, Italie et Royaume-Uni (2).

… mais à ne pas minimiser non plus

Ceci étant dit, ce déploiement ne doit pas être minimisé non plus. C’est la première fois que les Américains implantent autant d’hommes et de matériels, y compris des blindés, de façon quasi-permanente — à défaut d’être fixes — dans un pays à la frontière de la Russie. Un pays qui a une valeur hautement symbolique, la Pologne étant non seulement le plus grand des pays de l’Est, mais aussi un pays qui a été ‘bousculé’ à plusieurs reprises par Moscou au gré de l’histoire (que ce soit par l’empire russe ou par l’URSS) (3).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Témoignages recueillis auprès d’officiers européens et dont j’ai aussi pu être témoin à certaines reprises.

(2) Selon les dernières statistiques du ministère US de la défense (septembre 2016), il y a en Allemagne encore près de 35.000 militaires américains (malgré les décisions de retrait entamées par G. Bush à la fin des années 2000), 12.000 en Italie, environ 8000 au Royaume-Uni (essentiellement des forces aériennes) et environ 3000 en Espagne (essentiellement de la marine). L’Europe zone OTAN constitue ainsi encore un des principaux points de déploiement américain — avec la zone Corée-Japon —. Sur les quelque 200.000 soldats déployés dans le monde, environ 30% le sont en Europe.

(3) Avant ce déploiement, seuls une cinquantaine de militaires US étaient en Pologne (moitié armée de terre, moitié US Air Force), essentiellement pour la coopération militaire (F-16 notamment)

Mis à jour avec les statistiques détaillées américaines