Les troupes de montagne en entraînement au Mont Thabor

Les troupes de montagne en entraînement au Mont Thabor

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Chasseurs en position de tir

Chasseurs en position de tir © NGV / B2

(B2 dans la vallée de Maurienne) Des nuages, pesant, un plafond très bas empêchant le vol des hélicoptères (*) de la pluie, du vent, … Bref, ce matin, sur « le grand champ de tir des Alpes » dans la zone des Rochilles – Mont Thabor (près de St Michel de Maurienne et de Valloire), le temps était vraiment … pourri, pour l’exercice annuel « Cerces » prévu pour durer jusqu’à la fin de semaine (du 21 au 25 novembre).

Recréer les conditions du réel

Ce n’était pas un temps de grand froid ou de neige — le terrain idéal pour l’entraînement des troupes de montagne—. Mais un vrai terrain d’entraînement opérationnel avec ce que cela comporte d’intempéries et d’incertitudes météorologiques. Toutes les composantes de la 27e brigade d’infanterie de montagne (27e BIM) — l’infanterie, comme l’artillerie, la cavalerie (véhicules légers) le génie ou encore le groupement commando montagne (1) — étaient bien là cependant au rendez-vous. Chacun avec sa tradition : les chasseurs partis à pied dès la veille au soir pour monter dans la nuit vers la zone de tir, les commandos montagne infiltrés dans la forêt, les mortiers de 120, les VBL légers, avec un appui aérien des hélicoptères de l’ALAT et des Mirage. Histoire de « recréer les conditions du réel ».

Un scénario typique de déstabilisation

Avec un seul regret, pour tous, ce jour-là, faute de météo favorable, permettant aux hélicoptères de survoler la zone, pas de tir possible pour les mortiers, pour « jouer » toutes les séquences du scénario. La base de celui-ci est assez classique. Des tensions naissent entre deux États. La république de Serre-Ponçon doit faire face à l’agressivité du Vichystan voisin. Un général y a pris le pouvoir. Entre les deux républiques, la tension est à son comble. Un attentat a eu lieu, des incursions également… Un scénario finalement assez crédible d’une situation classique des troubles rencontrés aujourd’hui.

Un exercice Cercès tenu, malgré tout

Près de 600 soldats de montagne ont été engagés cette année. C’est un peu moins que l’étiage normal d’un tel exercice. Mais c’est bien mieux que l’année dernière… Les troupes de montagne — comme une bonne partie de l’armée de terre — paient un prix lourd à l’opération Sentinelle. Cela pèse de façon inéluctable sur la vie normale des régiments, notamment sur les entraînements. Inutile de se le cacher.

En 2015, la quasi-totalité des troupes de montagne a été engagée dans les opérations de sécurité intérieure, certains à plusieurs reprises. La moyenne d’engagement, comprise entre 100 et 200 jours, en témoigne. Cette année là, la plupart des entraînements et exercices ont été annulés. En 2016, l’engagement dans Sentinelle a baissé. Mais le rythme est resté « important » (entre 40 à 120 jours) ne laissant parfois que quelques jours entre l’engagement en opération extérieure (OPEX) et Sentinelle. « On récupère peu à peu en formation » raconte un officier. Tenir l’exercice tient donc « de la gageure ». Encore aujourd’hui, quelques unités arrivent directement du Tchad ou du Niger, engagées dans Barkhane. Un passage du chaud au froid habituel. « Ils se réacclimatent »…

Néerlandais et Italiens

Deux unités étrangères sont venues se greffer sur l’exercice : des Néerlandais (une équipe de mortier 81 et un JTAC, du 13 infanteriebataljon) et des Italiens (un JTAC et leur équipe de protection) de la brigade Taurinense. Une des deux brigades « montagne » italienne qui est la brigade « soeur » de la 27e BIM (2), située tout juste de l’autre côté du versant alpin. Le général commandant la brigade italienne Massimo Biagini avait d’ailleurs fait le déplacement… tout comme le général britannique, Nick Nothingham, qui est le numéro 2… de la première division française (de Besançon), dont dépendent les troupes de montagne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) L’exercice a lieu dans un terrain « ouvert » et non un terrain militaire. Même si on est hors saison, que des patrouilles ont reconnu le terrain auparavant, et que des points fixes ont été placés plusieurs jours avant que des « randonneurs » ne se soient pas aventurés dans la zone, les organisateurs de l’exercice ne peuvent rien laisser au hasard. Et un vol de reconnaissance d’hélicoptère est nécessaire avant tout tir au mortier.

(2) La 27e BIM regroupe : le 4e régiment de chasseurs (4e Rch) de Gap, le 7e bataillon de chasseurs alpins (7e BCA) de Varces, le 13e bataillon de chasseurs alpins (13e BCA) de Chambéry, le 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) d’Annecy, le 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM) de Varces (Grenoble), le 2e régiment étranger de génie (2e REG) de Saint-Christol (Apt), la 27e compagnie de commandement et de transmissions de montagne (27e CCTM), basée à Varces, et le groupement commando montagne.