Le Bourbon Argos attaqué au large des côtes libyennes (v2)

Le Bourbon Argos (Crédit : MSF )

(BRUXELLES2) On l’apprend maintenant. Le Bourbon Argos — un des trois navires (1) à bord duquel opère MSF en Méditerranée au sauvetage des migrants — a été attaqué au large des côtes libyennes, il y a quelques jours, mercredi (17 août) au matin.

Un navire suspect près des côtes

Le Bourbon Argos se trouvait alors à 24 miles des côtes quand il a été approché et attaqué par un groupe d’hommes armés à bord d’une vedette sans signe apparent permettant de l’identifier. Il était 9h15 environ quand la vedette suspecte a été repérée. Les hommes à bord ont commencé à tirer des coups de feu en direction du navire affrété par l’ONG, tout en continuant leur route. Ils se trouvaient alors à une distance de 400 à 500 mètres.

Réfugiés dans la zone sécurisée

Vu le caractère suspect de l’approche (aucun signe distinctif, aucune communication radio), l’alarme a très vite été donnée à bord. L’équipage s’est réfugié dans la zone sécurisée à l’intérieur du navire — une structure que possèdent désormais la plupart des navires commerciaux habitués aux trajets dans des zones à risque (2) —. Arrivés près du navire, ils sont montés à bord. « Les hommes armés sont restés environ 50 minutes, sans voler ou déplacer quoi que ce soit » précise-t-on à l’ONG. Puis ils sont repartis. Les dommages au navire sont « minimes », avec néanmoins des traces de tirs de plusieurs balles.

Des hommes bien entraînés

Il n’y avait pas de personnes secourues à bord ce jour-là et aucun les membres de l’équipage, ni le personnel de MSF ont été blessés. Mais l’alerte a été chaude. « C’était une attaque sérieuse et inquiétante qui aurait pu mettre notre personnel en grave danger physique » reconnait Stefano Argenziano, le coordinateur des opérations de MSF. « Nous ne connaissons pas l’identité des attaquants ni leur motivation » précise-t-on à l’ONG. Mais leur manière d’agir « Notre évaluation première des faits montre qu’il étaient professionnels et bien entraînés ».

Alerte au MRCC

Le Centre italien de coordination du sauvetage maritime (MRCC), alerté, a transmis l’information aux différentes forces sur place, en particulier aux navires d’EUNAVFOR. Le navire de soutien allemand, Werra (A-514), était non loin de là à 11 miles de l’évènement, et a fait route vers le Bourbon argos. Deux hélicoptères du Garibaldi, le navire amiral de l’opération européenne ont immédiatement décollé également pour assurer une couverture aérienne, et surtout rassembler un maximum d’informations sur une éventuelle activité suspecte dans la région. En moins de 20 mn, ils étaient sur zone selon les témoignages. « Aucune activité suspecte n’a été enregistrée », a indiqué une source européenne à B2, quand navires et hélicoptères ont atteint la zone d’action. Une déclaration semble-t-il démentie par les témoignages d’une autre ONG

(maj) Un deuxième navire visé ?

Après l’attaque sur le « Bourbon Argos », la vedette s’est, en effet, dirigée vers le « Sea-Eye », un navire d’une ONG allemande. « Ils se sont approchés très près, à 0,7 miles nautiques (environ 1,3 kilomètres) de nous » témoigne un des marins volontaires, Raphael Brodbeck au journal de Bale, Baselzeitung. L’intervention de l’hélicoptère de la marine « les a fait fuir ». Le navire de l’ONG a ensuite été escorté en haute mer par le navire allemand Werra. « Apparemment, les auteurs [de cette attaque] étaient très professionnels » confirme le marin. Leur objectif était « de prendre des otages » et non pas le vol. « Les trois hommes armés qui sont montés à bord du « Bourbon Argos,  ont systématiquement fouillé les locaux sans prendre les objets de valeur ».

Mesures de sécurité renforcées

Suite à cet incident, une réunion d’urgence s’est tenue à Malte entre les différentes ONG présentes (3). Avec une détermination : continuer à agir mais en tirant les leçons de l’incident. « Ces attaques pourraient être répétées. Chaque organisation doit donc prendre ses dispositions, notamment pour renforcer les mesures de sécurité. « Il est clair que nous ne voulons pas être trop près de la côte libyenne, il faut prévoir une zone de sécurité [supplémentaire]. Il faut aussi renforcer les chambres de sécurité sur les navires » souligne Raphael Brodbeck.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Outre le Bourbon Argos, deux autres navires : le Dignité I et l’Aquarius sont utilisés par les équipes de MSF (en partenariat avec SOS Méditerranée). Depuis le début des opérations, le 21 avril 2016, ils ont concouru à sauver 10.925 personnes lors de 84 opérations de sauvetage.

(2) La Compagnie Bourbon à qui appartient le navire a l’habitude de ces attaques. Un de ses navires, le Bourbon Alexandre avait été attaqué au large du Nigeria en septembre 2010 (Lire : 3 Français capturés près des côtes du Nigeria. A distinguer de la Somalie), deux ans plus tard, en octobre 2012, dans la même zone, cela avait été au tour du Liberty 249 d’être attaqué, selon le même procédé (lire : 7 marins enlevés au large du Nigeria). Plus récemment, dans le Golfe de Guinée, le Bourbon Liberty 251 avait été attaqué le 23 février de façon assez violente (Lire : Un navire luxembourgeois attaqué dans le Golfe de Guinée. 2 otages)

(3) Au large de la Libye se trouvent les navires d’environ 10 ONG qui se font parfois un peu « concurrence pour aller récupérer les réfugiés ». C’est un peu une course au sauvetage. Car il y a des enjeux de course aux dons, témoigne Raphael Brodbeck dans le Baselzeitung.

(maj) Article mis à jour avec les éléments supplémentaires sur la seconde tentative d’attaque

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).