Quelle aide humanitaire apporte l’Europe à la Syrie ? (maj)

D'autres villes assiégées ravitaillées (crédit : ONU / OCHA)
D’autres villes assiégées ravitaillées (crédit : ONU / OCHA)

(B2) L’arrivée de l’aide humanitaire dans les villes assiégées et ailleurs en Syrie est un des points clés de l’accord de Münich, avec la cessation des hostilités. Et l’aide humanitaire européenne (ECHO) est sans doute ce qu’il y a de plus rôdé et de plus efficace dans le système européen.

Combien l’Europe a offert à la Syrie ?

L’Union européenne a décidé de mettre la main à la poche. L’Europe (le budget de l’Union européenne + celui des Etats membres) est le premier donateur en Syrie. Lors de la dernière conférence, à Londres le 4 février, les Européens se sont engagés ainsi à fournir plus de 3 milliards d’euros, multipliant par trois l’aide déjà proposée lors de la troisième conférence des donateurs, au Koweit le 31 mars 2015. De son seul budget, l’Union a décidé de débloquer 2,4 milliards d’euros sur deux ans : 1,1 milliard d’euros en 2016 et 1.3 en 2017.

Qui distribuera l’aide ?

Un montant qui ira aux organisations humanitaires présentes sur place : agences des Nations Unies telles que le PAM et l’UNOCHA, ainsi que le Mouvement de la Croix-rouge (Croissant-rouge syrien, etc.) et les ONG.

Quand est partie l’aide ?

Très vite après la signature de l’accord dans la nuit du 11 au 12 février, quelques convois ont pu franchir les barrages vers certaines des villes assiégées. Le PAM et le Croissant rouge syrien ont ainsi pu amener des vivres et de l’aide d’urgence dans quatre villes concernées par les accords : Madaya (avec 62 camions pour 40.000 bénéficiaires), Zabadani (avec 3 camions pour 1.000 bénéficiaires), Foah et Kefraya (avec 18 camions pour 20.000 bénéficiaires). Lire aussi: Syrie. Des habitants hagards, plus maigres que nature (PAM). 

D’autres convois sont partis par la route. L’UNOCHA a ainsi pu fournir ce lundi (29 février) des médicaments à la ville de Moadamieh, de Kafar Batna, ainsi que dans la région du Ghouta. Le Programme alimentaire mondial envisage aussi de recourir à des parachutages aériens pour approvisionner la ville assiégée de Deir ez-Zor, difficilement atteignable par la route.

Combien de personnes vivent dans ces villes assiégées ?

Les chiffres varient selon les sources et il est très difficile d’avoir une vue objective du nombre de personnes. De façon commune, les alliés estiment à près de 500.000 les personnes vivant dans ces villes assiégées. Plus de la moitié sont assiégées par le régime (274.200 selon le quai d’Orsay), l’autre (petite) moitié par Daesh (200.000) et 12.500 par d’autres groupes d’opposition armés dont le Front Al Nosrah (2).

VillesAssiegesSyrie@Fr1602

Comment peut-on rapidement débloquer les fonds ?

ECHO finance un système d’intervention d’urgence de première ligne en Syrie. Cela permet aux partenaires de « mobiliser rapidement des stocks pré-positionnés pour fournir une aide dans les zones nouvellement accessibles ou de répondre à un déplacement soudain de la population, y compris avec des convois routiers », explique-t-on à l’Office européen de l’Aide humanitaire. ECHO finance en général 100% des montants engagés par les ONG dans ce qu’on appelle les « dépenses éligibles ». Une liste de dépenses et de produits définis par avance que l’Europe estime nécessaire sur place. Parfois, elle accepte même de rembourser des dépenses à titre rétroactif (dépenses déjà engagées par les ONG mais pour la « bonne cause »). Une sérieuse entorse à l’orthodoxie comptable, habituellement de règle à Bruxelles, mais qui concourt indéniablement à la souplesse (et l’efficacité) de l’instrument européen.

(Nicolas Gros-Verheyde avec Lucas Millet)

(1) Ce chiffre doit aussi être corrigé des personnes qui, entre temps, ont réussi soit à fuir la zone, soit sont décédées.

(2) Il est symptomatique du point de vue français de mettre le Front Al Nosrah (revendiquant son appartenance à Al Qaeda) dans le groupe des « opposants modérés » et non dans le même groupe que Daesh, l’un comme l’autre faisant partie des organisations terroristes inscrites sur la liste de l’ONU.

Lire aussi : L’accord de Münich entre en application. Accès humanitaire et cessation des combats

mis à jour : avec les données sur les villes assiégées

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).