Les navires de l’OTAN en mer Egée. Merci Angela !

Un navire de l'OTAN traçant sa route en Méditerranée (crédit : OTAN / Active Endeavour)
Un navire de l’OTAN traçant sa route en Méditerranée (crédit : OTAN / Active Endeavour)

(B2) Les réfugiés et passeurs vont pouvoir dire merci à Angela Merkel (la chancelière allemande), Ahmet Davutoğlu (le premier ministre turc) et à l’OTAN. Ils auront désormais à leur porte non seulement l’entrée dans l’espace Schengen mais une sorte de pont maritime vers l’Europe. Une OTAN assistance.

La décision prise aujourd’hui par les ministres de la Défense de l’Alliance atlantique, réunis à Bruxelles, du lancement d’une mission maritime, en mer Egée, au large des côtes turques est certes intéressante. Mais elle risque d’avoir l’effet inverse de celui recherché et de devenir un véritable aspirateur à migrants.

Un aveu de faiblesse européen

L’objectif affiché — contribuer à sécuriser les frontières turques et venir au secours des réfugiés et migrants — est louable. Il n’y a pas trop de navires dans la zone, effectivement. L’idée évoquée un moment par Jean-Claude Juncker d’avoir des patrouilles conjointes gréco-turques a fait long feu. Tandis que l’appel de l’agence Frontex à davantage de moyens maritimes sur la zone n’a pas vraiment rencontré les effectifs espérés. Dans le même temps, les passages ne diminuent pas.

On ne peut cependant s’empêcher de penser que l’appel à l’OTAN ressemble à un aveu de faiblesse généralisée des Européens, incapables d’avoir un minimum de solidarité et de discipline sans le parapluie américain, et d’avoir un peu de fermeté par rapport à Ankara.

De multiples raisons à l’engagement, pas toutes avouables…

Il ne faut pas se leurrer cependant. Si pour l’Allemagne et de nombreux pays européens, il est important d’arrêter le flux des réfugiés et migrants, le plus tôt possible. Si pour la Grèce, il est important d’avoir une assistance plus notable que celle donnée par les Européens, il y a d’autres motifs plus géopolitiques à un tel déploiement.

Cela fait plusieurs années aussi que la Turquie cherche à impliquer davantage l’Alliance dans la protection de ses frontières et dans le conflit latent qu’elle a avec le gouvernement syrien. L’engagement russe, devenu plus opérationnel ces derniers mois en Syrie (du type opération extérieure et non pas seulement soutien en conseils et munitions), n’avait pas suffi à convaincre ses partenaires de se ranger délibérément à ses côtés. La crise des réfugiés fournit aujourd’hui une bonne opportunité à chacun pour avancer.

Cela fait longtemps aussi que l’Alliance atlantique songe à relancer son opération maritime en Méditerranée, Active Endeavour, instaurée depuis les attentats de New-York et Washington de septembre 2001, qui cherchait un second souffle. Sa présence maritime en mer via les groupes permanents maritimes (SNMG*) manquait d’un objectif plus politique. Il faut ajouter à cela la dynamique russe, désormais plus agressive à l’est, en Ukraine comme dans le Caucase. Le renforcement maritime en Méditerranée orientale serait ainsi le versus maritime du renforcement terrestre décidé aujourd’hui par l’OTAN et qui sera endossé au sommet de Varsovie.

De nombreux problèmes à résoudre

Le plus difficile commence maintenant. La marine de l’OTAN va être confrontée aux mêmes problèmes que les autres déploiements en cours, de l’UE en Méditerranée ou de l’OTAN dans l’Océan indien. Mais avec une dimension supplémentaire : les eaux de la mer Egée sont souvent des eaux territoriales – grecque ou turque. Elles engendrent des obligations ou des difficultés tout aussi importantes qu’une action en haute mer.

Que faire si des réfugiés accostent un navire de l’OTAN ? Comment va s’organiser le secours en mer (SAR) ? Les « naufragés » seront-ils refoulés et reconduits en Turquie ? Ou seront-ils accueillis ? Les « naufragés » auront-ils le droit de déposer une demande d’asile directement à bord de ces navires auprès de l’Etat du pavillon ? Etc.

Va se poser également toute une série de questions sur la poursuite des trafiquants d’êtres humains. Comment appréhender les trafiquants ? Et à qui les traduire ? Sous l’égide de quelle loi ? Qui va fournir les premiers éléments d’instruction ? Seront-ils conformes aux critères habituels des droits de l’Homme ?

Aux questions juridiques se superposent souvent des questions plus politiques voire médiatiques. Que va-t-il surtout se passer quand une mère ou un enfant s’accrocheront pour ne pas être refoulés en Turquie ? Pourra-t-on refouler en Turquie des réfugiés se disant kurdes et persécutés en Turquie ? Qui va instruire ces demandes, etc.

Toutes ces questions seront d’autant plus cruciales que certains pavillons (le pavillon allemand…)  risquent d’être plus courus que d’autres et… qu’il reste le poids de l’histoire malgré tout. Je n’ose imaginer la photo d’un marin allemand obligé de refouler en Turquie un bateau de réfugiés …

Une mission vraiment efficace ?

A l’instar d’un diplomate chevronné d’un pays membre de l’OTAN, on peut donc s’interroger sur l’opportunité et l’efficacité d’une telle mission « S’il s’agit d’empêcher le départ de migrants. En quoi  ce serait plus facile qu’un contrôle sur la terre ferme. En quoi les patrouilles maritimes de l’OTAN se distingueraient de Mare Nostrum, qui a été reconnue comme une erreur… »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le SNMG 2 (Standing NATO Maritime Group) qui est sous commandement allemand est actuellement dans la zone.

Lire aussi : Une initiative germano-turque. Que l’OTAN s’implique dans la surveillance des migrations

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).