C’est la crise à Morghia. Les Européens interviennent. Une love affair démarre

extrait de Love Affair 1994, remake du film Elle et lui
extrait de Love Affair 1994, remake du film Elle et lui, produit par Warren Beaty avec Annette Bening and Katharine Hepburn

(B2) C’est la crise. Les élections présidentielle et législatives qui viennent d’avoir lieu à Morghia, un nouvel Etat au voisinage de l’Europe (1), tournent mal. Les tensions montent. Les manifestations dérapent. Le pays est au bord de la guerre civile… Que faire ? C’est le scénario sur lequel les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont planché, ce vendredi (5 février) en fin d’après-midi, dans le musée maritime d’Amsterdam où il étaient réunis pour leur traditionnel ‘gymnich‘ (la réunion informelle des ministres).

Un jeu-scénario développé par les Néerlandais

Ce « jeu de rôle » était une innovation de la présidence néerlandaise qui voulait tester et voir les réactions des différents chefs de diplomatie européenne. Trois séries de film ont ainsi été projetées dans la salle des ministres. Des films « très réalistes et très bien joués » ont expliqué à B2 plusieurs responsables qui ont permis d’illustrer tous les stades de la crise : de la montée de la crise au paroxysme et à la stabilisation.

Une certaine volonté européenne

« Ce qui est intéressant est de voir que, parmi les ministres, la position très dominante prévalait la volonté commune de faire participer l’Union européenne très tôt à la crise. Un certain nombre de participants étaient même prêts à envoyer un battlegroup » a relaté à quelques journalistes, dont B2, Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères. Ce qui, en soi, est une première vu toutes les difficultés qu’on connait aujourd’hui à seulement prononcer le mot de ‘battlegroup’ dans une gestion de crises. « Ce n’est jamais le bon moment ni le bon battlegroup ». Finalement tout est bien qui fini bien. L’Union européenne est intervenu rapidement. Et en un moins, on pouvait se féliciter du retour à la normale… Ce qui reste relativement rare en ce moment.

Une love affair à suivre

Restait cependant une interrogation parmi certains ministres. Dans la dernière séquence, la journaliste (présente dans le film) s’était insensiblement rapprochée du chef d’observation de la mission de l’UE qui avait été déployée sur place (2). Un rapprochement qui semblait dépasser le côté professionnel de part et d’autre. « Nous sommes demandés si cette ‘love affair’ qui semblait bien entamée se concluerait. On attend la suite » a confié, sur le ton de l’humour, un des participants au jeu. Le saura-t-on un jour… La suite dans la Saison 2 de Morghia, à Bratislava au second semestre ?

Un niveau politique à accélérer

Au-delà de l’anecdote, cet exercice était intéressant. Car, bien souvent, dans une gestion de crise, ce n’est pas au niveau militaire ou des planificateurs que cela coince ni même le manque de moyens. C’est le niveau politique qui reste indécis et bloque ainsi ou retard toute réaction de crise. A plusieurs reprises, j’ai eu ainsi des échos de différents responsables de la gestion de crise comme de planificateurs de terrain qui n’avaient pas de direction sur les options à préparer ou, pire, ne décidaient pas entre les options présentées. « Planifier, déployer, vite au besoin, on peut le faire. Encore faut-il qu’on décide. Et le plus vite sera le mieux » m’avait fait remarquer un expert de ces questions lors de ces crises où le niveau politique se tâtait. « Nous militaires, on l’habitude de se débrouiller. Si on nous donne l’ordre, on peut aller vite. Mais plus on tarde, plus c’est difficile » regrettait un second.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un nom fictif qui emprunte la fin de son nom à Nigeria et la sonorité au feuilleton Borgen…

(2) Toute ressemblance bien entendu avec une situation ayant existé ou existant est totalement fortuite, comme on dit dans les génériques de film. Ceci est une oeuvre de fiction.