La nouvelle vague d’attentats : quelques leçons (V2)

(B2) La vague de terrorisme que connait l’Europe depuis 2015 n’est pas nouvelle en soi. Le territoire européen a déjà connu des vagues similaires : en 1986 et 1995 en France, sous l’influence de l’Iran et du GIA algérien, dans le second cas ; en Irlande/Royaume-Uni, avec l’IRA, en Espagne avec l’ETA, en Allemagne avec la Bande à Baader, en Italie avec les Brigades rouges et l’extrême-droite, dans toute l’Europe avec le terrorisme palestinien, arménien, etc. Mais elle présente une caractéristique nouvelle : l’absence de revendication politique proprement dite, au sens classique du terme (indépendance d’un territoire, changement d’orientation politique du pays), sinon celle de semer la terreur, la division dans la société, en prenant pour prétexte la situation au Moyen-Orient.

Des auteurs venus de l’intérieur

Les auteurs sont souvent des personnes de nationalité des États membres, assimilées, à défaut d’être totalement intégrées, nées le plus souvent sur le territoire national. Leur conviction religieuse musulmane parait souvent très récente, voire parfois superficielle et très caricaturale. Les motivations du passage à l’acte restent à déterminer.

L’objectif : mourir en kamikaze

Les scénarios d’attaques se sont diversifiées : au modèle traditionnel de l’engin explosif (téléguidé), ces terroristes préfèrent l’attaque kamikaze, avec une ceinture d’engins explosifs, intervenant à l’arme automatique (type Kalachnikov) ou à l’arme blanche (couteau), voire des armes par destination (poids lourds). Même s’ils utilisent des armes à distance (armes à feux…), l’objectif du ou des attaquants, souvent peu nombreux, parait de mourir en kamikaze, sous les balles de la police. La mort en « héros du malheur » faisant partie du scénario. Cela a aussi l’avantage de la simplicité de la mise en place de l’action. Elle se révèle d’autant plus difficile à parer. La notion de s’en sortir vivant devenant un « détail ».

Des cibles diverses, à haute valeur symbolique

Les personnes visées sont très diverses. Les terroristes interviennent soit dans des lieux publics, fréquentés par des Européens, au profil ordinaire, visant ainsi la population dans son ensemble, soit, plus rarement, ils visent des cibles spécifiques (militaires, policiers, lieux juifs ou chrétiens). Mais, dans la plupart des cas, les cibles ont une valeur symbolique de la vie à l’occidentale libre et pluralistes. Ce sont les médias qui sont visés, les salles culturelles de concert ou stades, les cafés ou restaurants (1), foires ou fêtes populaires, les stations de transport en commun situés à proximité de lieux de pouvoir ou aéroports. Ils n’attaquent pas en revanche (jusqu’ici) directement les lieux de pouvoir (trop protégés ?).

Une réaction européenne

Du côté européen, la plupart des mesures décidées en février 2015 — qui sont souvent la reprise d’un ancien catalogue de mesures — sont aujourd’hui, soit proposées officiellement, soit adoptées formellement, même si elles ne sont pas encore en vigueur. Mais ces avancées ne concernent que les aspects législatif et répressif. La Commission européenne a avancé une nouvelle proposition en décembre 2015, sur les garde-frontières qui est beaucoup plus novatrice.

Sur le volet prévention et radicalisation, le bilan est beaucoup plus nuancé. L’approche sur les combattants européens (étrangers) a souffert d’une très tardive prise de conscience, qui reste encore très limitée, en dépit pourtant, des appels répétés de bon nombre de responsables européens, à l’instar du coordinateur anti-terroriste Gilles de Kerchove.

Une lente mais durable prise de conscience

L’élément positif est que, dorénavant, mis à part quelques exceptions, aucun État européen ne peut se sentir à l’abri ou exonéré d’un attentat. Une dizaine d’États membres sont directement exposés : outre la France et la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Suède, le Royaume-Uni, la république Tchèque, la Grèce pourraient être dans le collimateur (2). Tous les autres pays le sont indirectement, à travers leurs citoyens qui voyagent de par le monde. La diversité des nationalités touchées dans les différents attentats hors d’Europe le prouve. Cette succession d’attentats, plus ou moins revendiquée par Daech ou Al Qaïda, a, de façon similaire, soudé la communauté internationale d’une façon beaucoup plus certaine que toute autre déclaration de solidarité. La Tunisie, la Russie, le Liban, la Turquie, l’Égypte ont ainsi été l’objet ou victimes d’attaques meurtrières.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) On retrouve là la volonté propre de certains islamistes ultra radicaux (type les Shebabs somaliens) de sanctionner les « lieux de débauche » : la musique, l’alcool, le sport.

(2) Ce texte était écrit dans la première version en janvier 2016 avant que l’Allemagne et le Royaume-Uni soient, à leur tour, touchés.

Source : EPSC / Commission européenne
Source : EPSC / Commission européenne

Article mis en ligne la première fois le 26.6.2015, mis à jour 23.5.2017

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).