La crise grecque en toutes lettres (maj)

Derrière les sourires en présence des photographes, un amour-haine sur fond de drame économique (crédit : Conseil de l'UE)
Derrière les sourires en présence des photographes, un amour-haine sur fond de drame économique (crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) Ce ne sont pas des lettres d’amour. Ce ne sont pas des lettres de déchirure. Mais cela y ressemble un peu. Les lettres, discours, tweets que se sont échangés quasi-publiquement, ces derniers jours, l’Europe et la Grèce, marquent une certaine incompréhension de part et d’autre, un manque d’Europe.

Lundi (22 juin), la Grèce envoie une lettre faisant état de ses contre-propositions. Télécharger Une réunion au sommet des dirigeants de la Zone Euro n’aboutit pas vraiment à autre chose qu’à demander à l’Eurogroupe de continuer à travailler.

Jeudi (25 juin), les autorités européennes mettent au point un dernier plan « tenant compte des différentes propositions grecques ».

Vendredi (26 juin), dans la nuit, Alexis Tsipras annonce la tenue d’un référendum sur le plan présenté par la Commission européenne. François Hollande et Angela Merkel apprennent la nouvelle juste avant, que leader grec a « élégamment » a prévenu auparavant. Le Grec a bien appelé aussi Jean-Claunde Juncker. Mais le président de la Commission européenne dormait profondément. Et il n’apprendra la nouvelle le lendemain, comme la plupart des autres dirigeants européens ou ministres des Finances qui découvrent la nouvelle sur… twitter. De quoi bien fâcher.

Samedi (27 juin), une nouvelle réunion de l’Eurogroupe s’achève, cette fois, sur un clair constat de désaccord. Le ministre grec des finances ne veut pas approuver la déclaration finale. Le service juridique du Conseil est consulté. L’Eurogroupe est une structure informelle. Et il n’y a pas de règle de vote. La déclaration est donc adoptée à 18 pays (sauf la Grèce). Une note de bas de page témoigne du divorce. Le ministre grec quitte la salle. La réunion se poursuit à 18 pour examiner les mesures de stabilité à prendre dans la Zone Euro. Le mot Grexit n’est plus tabou. Télécharger la déclaration de l’Eurogroupe

Dimanche (28 juin), la Commission européenne diffuse – ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’ici – le document distribué aux négociateurs sur la dette grecque. Un texte intéressant car il contient les dernières propositions convenues entre les trois institutions (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Ces propositions « prennent en compte les propositions des autorités grecques de 8, 14, 22 et 25 juin 2015 ainsi que les négociations au niveau politique et technique tout au long de la semaine ».  Télécharger. Lire aussi : En toute transparence… Un budget de la défense, un peu, préservé

Lundi (29 juin), lors d’une conférence de presse convoquée spécialement pour la circonstance, Jean-Claude Juncker, appelle délibérément à voter ‘Oui’ au référendum. Au-delà des mots, on sent chez l’ancien Premier ministre luxembourgeois une déchirure personnelle, une blessure d’amour-propre. Télécharger (lire aussi : La Grèce dans l’Euro. L’adieu aux idéaux de jeunesse de Jean-Claude Juncker)

Mardi (30 juin), Alexis Tsipras envoie, au dernier moment, dans l’après-midi une ultime lettre au président de l’Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem. Son contenu est plutôt vague et se résume à deux demandes : un nouveau programme d’assistance de deux ans et la restructuration de la dette grecque. Un peu exorbitant à première vue. Dans la foulée, une réunion des ministres des Finances de la Zone Euro est convoquée par visioconférence. Le plan est terminé, soulignent les ministres.

Mercredi (1er juillet), le Fond monétaire international (FMI) constate l’arriéré de paiement de la Grèce sur la somme de 1,5 milliard $. Mais il se réserve de se prononcer sur la demande grecque d’extension du délai, demande qui sera examinée par le Conseil d’administration du FMI « en temps voulu » (télécharger communiqué du FMI). Réuni à deux reprises dans la journée par vidéoconférence, l’Eurogroupe décide de renvoyer la proposition grecque. La lettre de Jeroen Dijsselbloem est un ‘non merci’ ferme et un ‘retour à l’envoyeur’ de la proposition Tsipras. Télécharger.

Le même jour, le ministre grec des Finances, Yannis Varoufakis, explique sur son blog les 6 raisons qui l’appellent à voter ‘Non’

Le référendum, tenu le 5 juillet, s’achève par un plébiscite du gouvernement Tsipras avec 62% de « Non » et une participation de près de 2/3 des Grecs. Les sondages qui prédisaient un Oui et Non au côte à côte comme les institutions européennes qui avaient appelé à voter « Oui » sont désavoués (Lire : Le Non Grec : Bruxelles n’a pas réussi à conquérir les coeurs et les esprits).

Le 7 juillet, les ministres de la Zone Euro (Eurogroupe) et les Chefs d’Etats et de gouvernement de l’Eurozone répondent à une nouvelle demande d’aide du gouvernement Tsipras : les réformes d’abord, fixant une date limite pour la soumission de ce programme : jeudi avant 24h.

Jeudi 9 juillet, vers 22h, moins de deux heures avant l’heure limite, le gouvernement Tsipras fait parvenir sa proposition de plan de réformes au président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Télécharger ici. Proposition qui recueille un avis plutôt positif des créanciers (CCE, BCE, FMI). Mais les ministres des finances de l’Eurogroupe sont d’un autre avis.

Dimanche 12 juillet, à 15h, l’Eurogroupe se met d’accord sur un ensemble de mesures et de principes à mettre en oeuvre. Un projet très dur qui laisse entre parenthèses quelques points à discuter par les Chefs d’Etat et de gouvernement de la Zone Euro. Télécharger  ici

Lundi 13 juillet, à 9h du matin, après une nuit et plus de 17 heures de discussion, le sommet de la Zone Euro arrive à des conclusions ressemblant d’assez près au projet de l’Eurogroupe, à quelques (petites) exceptions près. La mise sous tutelle de la Grèce est confirmée. Télécharger les conclusions en FR et ENG.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Mis à jour le 13 juillet)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).