Les Français prennent l’alerte de la force de réaction rapide de l’UE

Les Français prennent l’alerte de la force de réaction rapide de l’UE

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(crédit : DICOD / EMA)

(crédit : DICOD / EMA)

(BRUXELLES2 – exclusif) Les Français (et les Belges) ont pris le relais des ‘Nordiques » pour assurer le tour d’astreinte du battlegroup, la force de réaction rapide de l’UE, qui sera de permanence ce semestre jusqu’à la fin décembre 2015.

Un seul groupe d’astreinte

Contrairement à ce que prévoit le concept européen, il n’y aura qu’un seul battlegroup d’astreinte durant cette période. Ce n’est pas la première fois. Les plannings contraints des armées européennes comme les budgets à la baisse – et un certain manque d’entrain politique aussi – ont entraîné quelques « trous » dans le planning.

Capable d’intervenir sur tout le spectre

Fort d’environ 2000 personnels, ce groupement tactique franco-belge (GTUE) sera « capable d’intervenir sur tout le sceptre du concept d’opération des battlegroups » : maintien de la paix ou imposition de la paix, interposition, évacuation de ressortissants européens, etc. Il pourra exercer ainsi des « missions de coercition de très haute intensité ». Il n’y a d’ailleurs aucun « caveat » national, posé par les Etats participants.

La volonté d’utiliser « si nécessaire »

Depuis la mise en place de ce dispositif d’alerte, aucun battlegroup n’a jamais été déclenché. En général, pas par manque de crises mais par manque de volonté politique commune, ou des Etats concernés par l’astreinte ainsi que de moyens militaires adéquats. La prise d’alerte par la France et la Belgique permet de remplir au moins deux de ces trois facteurs. Et la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, a marqué publiquement son intention, si la nécessité arrive, d’employer cet outil pour éviter que la maxime « Use or loose » se perde. Malgré un rythme d’engagement élevé des armées françaises, les militaires français prennent au sérieux cette prise d’alerte. « On tient nos engagements. Si un cas se présente et s’il y a consensus au niveau européen, on sera au rendez-vous. » a assuré un diplomate français.

Un coeur robuste

Le battlegroup français sera constitué essentiellement autour de la 2 BB (la deuxième brigade blindée – héritière de la célèbre 2eDB du général Leclerc). Ce battlegroup sera « robuste » – selon les éléments qui ont été communiqués à B2, avec un cœur « combattant » affirmé et des capacités « puissantes et modernes ».

On y trouvera ainsi un escadron de chars Leclerc (du 501e de Mourmelon), des unités de VBCI (véhicules blindés de combat d’infanterie) et de canons Caesar 155 mm (du 40e Régiment d’artillerie de Suippes). En clair, le dernier cri de ce qui fait l’équipement de l’armée de terre et une belle « vitrine des derniers équipements français ».

Un certain nombre d’unités — comme un escadron d’éclairage, une unité « Rens » (renseignement) — viendront supporter ce noyau dur, dans « un format assez souple qui pourra être adapté à la mission et au théâtre d’opérations potentiel » a précisé à B2 un expert des questions. Il pourra être renforcé au besoin d’avions, d’hélicoptères, de forces spéciales, si la situation l’exige sur le terrain.

Le Mont-Valérien en centre de commandement

Le centre de commandement sera assuré au Mont-Valérien. Ce quartier général d’opérations était déjà en veille les six premiers mois de 2015 pour le battlegroup nordique. Ces pays ne disposant pas d’OHQ agréé au plan européen ou OTAN.

Pas de prédestination

Ce battlegroup ne sera pas ‘fléché’ sur une destination précise. « Il n’y a pas de prédestination — a confirmé un spécialiste de la question à B2. « On regarde bien entendu comment évoluent les crises. Et on s’y prépare. » L’Union européenne – comme les pays qui composent le battlegroup disposent de plusieurs « capteurs » sur le terrain ou dans les capitales qui permettent au besoin d’affiner cette préparation durant la période.

Un niveau d’alerte qui peut évoluer selon la cise

Le délai d’alerte normal du GT français suit la méthode d’alerte Guépard en vigueur dans l’armée de terre : un délai d’alerte d’environ 5 jours en temps normal qui peut être ramené à 72, 48 ou 24 heures en cas d’évolution d’une crise. Le dispositif de décision européen – avec tout d’abord une décision politique et l’élaboration d’un concept de gestion de crises – laisse normalement largement le temps aux militaires de resserrer ou d’adapter au besoin leur dispositif.

(Nicolas Gros-Verheyde)