Renforts en Méditerranée. Britain: 0 France: 1 Germany: 2 Qui dit mieux ?

(BRUXELLES2) Annoncé à grand fracas lors de son arrivée jeudi dernier au Conseil européen, par David Cameron lui-même (Lire : Face à la tragédie en Méditerranée, le Royaume-Uni répond « présent »), l’arrivée du « navire amiral » de la flotte britannique en renfort des forces italiennes pour le sauvetage des bateaux de migrants et réfugiés en Méditerranée se fait… attendre. Avec beaucoup moins de tapage, le navire français est, lui, déjà opérationnel. Et deux navires allemands arrivent en renfort… Sans compter des navires russe et chinois, en embuscade

Retard à l’allumage britannique

Le HMS Bulwark (L-15) qui aurait dû commencer ses opérations de secours est resté à quai, ce week-end, bloqué par des « discussions diplomatiques » avec les Italiens, selon le quotidien The Guardian. L’engagement ne devant avoir lieu que mardi. Des informations non démenties par le ministère britannique de la Défense qui a préféré opter pour une communication positive. Le HMS Bulwark et 3 hélicoptères Merlin hélicoptères sont « maintenant prêts à opérer en Méditerranée, travaillant étroitement avec la marine italienne et en coordination avec Rome ». Les trois hélicoptères Merlin de la marine, actuellement stationnés à la base aérienne navale de Sigonella en Sicile « peuvent être appelés à la rescousse si nécessaire par les gardes-côtes italiens. Ils ont commencé leur première sortie d’entraînement, pour se familiariser avec la zone » ajoute le porte-parole du MOD britannique (lire le communiqué). Histoire sans doute de combler un « petit trou d’air » diplomatique.

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Un des hélicoptères Merlin sur la base de Sigonella pour l’exercice Proud Manta en 2013 (archives B2 / crédit : Crown copyright)

L’asile ou les sous ?

Selon un des portes-paroles du Premier ministre, cité par le quotidien, c’est la question de l’asile qui bloque. « Le Premier ministre a été clair lors du Conseil européen (sur ce point). La Grande-Bretagne est prête à jouer son rôle dans la lutte contre la crise actuelle dans la Méditerranée. Mais notre objectif est de sauver des vies, et non d’offrir l’asile de personnes au Royaume-Uni ». Et d’ajouter : « Les discussions entre les partenaires européens continuent pour assurer une étroite coordination ». De fait, selon nos informations, ce sont tout autant des questions de coordination et commandement, voire de gros sous, qui sont en question, que la question même de l’asile qui est réglée par le droit de la mer. Le Royaume-Uni n’est, en effet, pas membre de l’espace Schengen et doit passer un accord spécifique d’assistance avec l’Italie comme avec Frontex.

La marine française déjà sur zone

Le commandant birot en sauvetage à trois embarcations en détresse (crédit : Marine nationale)
L’aviso Commandant birot en sauvetage à trois embarcations en détresse (crédit : Marine nationale)

Dans la « course » au sauvetage, Londres s’est fait doubler sur le fil par Paris. Sans autant de tapage que son homologue britannique, François Hollande avait été plutôt discret, sur ce plan, au sommet européen, la marine française a dépêché sur place un de ses patrouilleurs de haute mer (lire : L’aviso Commandant Birot au sud de la Sicile en renfort de l’opération Triton). Après des préparatifs express, le navire était opérationnel. Et l’aviso Commandant Birot a ainsi pu réaliser son premier sauvetage ce samedi (2 mai), se portant au secours de « trois embarcations signalées en détresse en haute mer, au nord des côtes libyennes » et mettant 217 personnes à l’abri, précise-t-on à la Marine nationale. Une mission de sauvetage « conduite sous la responsabilité du Centre de coordination des opérations de sauvetage de Rome (MRCC Rome – Maritime rescue coordination center) ». Les personnes secourues ont été débarqué dans un port italien. Deux présumés « passeurs » ont été également interceptés et remis à disposition des autorités italiennes.

Deux navires allemands disponibles

Côté allemand, on annonce que la frégate « Hessen » (F-221) et le navire de soutien « Berlin » (A-1411), de retour de l’opération européenne anti-piraterie au large de la Somalie (EUNAVFOR Atalanta), ont fait halte, dans la matinée du 3 mai, dans le port de Souda en Crète. Ils se préparent à opérer en Méditerranée, durant leur trajet de retour vers l’Allemagne.

Le navire de soutien Berlin à Souda (crédit : Bundeswehr)
Le navire de soutien Berlin à Souda (crédit : Bundeswehr / Sascha Jonack)

Les deux navires vont « être équipés dès que possible pour assurer le sauvetage en mer » précise le QG de la marine allemande. « Ils s’équipent actuellement avec des repas supplémentaires, des couvertures, des fournitures médicales et des articles d’hygiène pour permettre le sauvetage des réfugiés en détresse. » Une fois le ravitaillement et le complément de matériel effectués, les deux navires pourront « au total, assurer le secours de 350 personnes (et) contribuer à l’opération de la Marine pour l’aide humanitaire en région Méditerranée ».

Les Russes et Chinois arrivent !

Quant aux marines russes et chinoises, elles ont annoncé un exercice conjoint en mer Méditerranée à la mi-mai (*). Objectif: « approfondir la coopération amicale et pratique, et augmenter la capacité des forces navales de nos deux pays », selon le porte-parole du ministère chinois de la Défense cité par l’agence Reuters. Neuf navires des deux pays seront impliqués, avec au menu : escorte de navires, exercices de tirs, sécurité maritime, ravitaillement en mer. Et si un navire de migrants pointe son nez dans la zone grecque, maltaise ou italienne de sauvetage… que feront les navires russes ou chinois ? Assurément, un sauvetage par un de ces navires pourrait être un objet tout autant médiatique que  politique. Un petit aveu d’impuissance européenne collective en quelque sorte…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Cet exercice n’est pas une première, comme annoncé parfois. Un exercice conjoint, impliquant le destroyer russe Pyotr Veliky et la frégate chinoise Yancheng, avait déjà été organisé en janvier 2014, comme l’avait précisé à l’époque un porte-parole de la marine russe cité par l’agence Novosti. Exercice commencé par la sécurisation d’un transport d’armes chimiques syriennes (dans le cadre de l’accord international pour le retrait des armes chimiques de la zone).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).