La meilleure des mesures contre la Russie… Frapper au gaz

(BRUXELLES2) Le débat sur les sanctions envers la Russie va rebondir au sommet européen qui se tient, ces jeudi et vendredi (19/20 mars) à Bruxelles. Un débat qu’ont déjà tenu à Riga, lors de leur réunion informelle (dite Gymnich), les ministres des Affaires étrangères des « 28 ». Sans vraiment aboutir (Lire détails dans notre édition pro/club : Russie. L’Europe hésite à prolonger vite les sanctions. Et si l’incertitude était la meilleure mesure !

Le sujet a été, judicieusement, remisé à plus tard, sauf si les « Chefs » en décident autrement. La signature d’un « paquet de mesures » pour appliquer les accords de Minsk a légèrement changé la donne. Un paquet qui entre « cahin cahan » en vigueur. « L’appréciation de la bonne application des accords de Minsk est  importante que de savoir quand on renouvellera les sanctions » remarque un diplomate expérimenté.

Une dépendance mortifère

Les sanctions ne sont qu’un pis aller qui fait pression sur une partie de l’économie mais pas sur tout le pouvoir. La vérité c’est que la Russie tient par les c… de nombreux pays Européens avec le marché du gaz. La Lituanie, la Lettonie et la Slovaquie notamment sont les pays qui, en 2013, étaient le plus dépendants du gaz russe (100%) et dont le gaz formait une nette part du mix énergétique (presque 40% pour le premier, plus de 30% pour les second et troisième). Mais, en volume, c’est l’Allemagne et l’Italie, surtout, avec le Royaume-Uni, la Pologne et la France dans une moindre mesure qui sont les plus gros clients de la Russie. Tous les Européens sont, donc, plus ou moins concernés.

La dépendance européenne du gaz russe. La grosseur des bulles = quantité de gaz commandé. Sur l'axe horizontal, la part du gaz dans le mix énergétique. Sur l'axe vertical, la part de la Russie dans l'approvisionnement.  (source : Commission européenne)

La dépendance européenne du gaz russe. La grosseur des bulles = quantité de gaz commandé. Sur l’axe horizontal, la part du gaz dans le mix énergétique. Sur l’axe vertical, la part de la Russie dans l’approvisionnement. (source : Commission européenne)

Un plan de désintoxication gazière

La meilleure mesure que peuvent donc prendre les Européens est d’engager, très rapidement, un plan de désintoxication gazière, en provenance de Russie. C’est autour de cet enjeu que doivent se concentrer les Européens. Quitte à ce que çà coute, un peu cher. Quitte à le faire à marches forcées. Quitte à devoir investir quelques milliards d’euros dans des projets d’infrastructure et d’économies d’énergie.

Un bon test pour le plan Juncker

Gagner en efficacité énergétique pourrait d’ailleurs être la plus efficace à court terme. C’est la décision la plus facile à prendre, les investissements y sont relativement modérés. Ils participent aussi d’une économie circulaire (toute dépense peut se traduire de l’autre côté par des opportunités pour des industries ou services installés en Europe). Ils permettent, sans rompre formellement les contrats, de réduire la dépendance, de se désintoxiquer. Ce serait un bon test pour le plan d’investissement Juncker.

Une question d’indépendance

L’autonomie énergétique est une part de l’autonomie stratégique et vaudrait au moins 2 ou 3 régiments de blindés et autant d’escadrons d’aviation de chasse. Elle serait la meilleure des mesures de réassurance que pourraient prendre les « Alliés » et les Européens.  Et la meilleure mesure de la détermination européenne vis-à-vis de la Russie…

La plus rude des sanctions

Pour la Russie, ce serait la plus rude des sanctions. Gazprom comme le Kremlin sentiront passer le vent du boulet Un contrat énergétique n’étant, en général, pas conclu pour un ou deux ans, mais pour vingt ans.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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