« Ne pressurez pas la Grèce ». Washington rappelle l’Europe à la réalité

Barack Obama (crédit : CNN)
Barack Obama (crédit : CNN)

(BRUXELLES2) Le coup de gong est venu, une nouvelle fois, de l’autre côté de l’Atlantique. Le président américain, Barack Obama, est intervenu dans le débat européen qui s’amorce sur l’attitude à avoir sur la Grèce. C’était sur CNN, hier soir (en direct de l’Inde où le président US est en déplacement). Et le message est clair.

Ne continuer pas à pressurer des pays déprimées

« On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression. A un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes, pour éliminer les déficits. Il n’y a pas de doutes que la Grèce a un terrible besoin. Le système de collecte de l’impôt est vraiment horrible ».

Des compromis nécessaires de chaque côté (Athènes et Berlin)

Le président américain assène à l’Europe une leçon de réalisme. « Pour rester compétitif sur le marché mondial, la Grèce doit initier des changements ». Mais « il est très difficile d’initier ces changements si le niveau de vie des gens a chuté de 25%. A la longue, le système politique, la société ne peut pas le soutenir. » « Mon espoir est que la Grèce reste dans la zone euro. Cela demanderait des compromis de tous les côtés. » Au cas où on ne sache pas de quel (autre) côté se déroule la partie. Barack Obama rappelle combien il s’est engagé « durant plusieurs années » pour une redynamisation de la zone Euro. « Il y a je pense une reconnaissance dans tous les pays, en Allemagne, qu’il valait mieux que la Grèce reste dans l’Euro ».

Ce qui manque à l’Europe : « une stratégie de croissance »

« La prudence budgétaire est nécessaire, les réformes structurelles sont nécessaires dans beaucoup de ces pays. Mais ce que nous avons appris de notre expérience aux Etats-Unis depuis longtemps, c’est que la meilleure façon de réduire les déficits et de restaurer la solidité budgétaire, c’est de faire de la croissance. Quand vous avez une économie qui est en chute libre, il faut qu’il y ait une stratégie de croissance, et pas seulement des efforts pour pressurer de plus en plus une population qui souffre de plus en plus. »

Commentaires : un message à plusieurs lectures.

Bruxelles attentiste, Washington intervient. Personnellement, j’aurai aimé qu’un tel discours, clair et engagé, viennent des autorités européennes. Je n’ai pas entendu un tel message résolu. C’est dommage. Résultat, c’est d’outre-Atlantique qu’il est venu. Ce qui donne (ou conforte) l’impression que la structure européenne reste dépendante de l’impulsion américaine.

Berlin visé. Le président américain avait déjà eu au téléphone Tsipras dès son élection. Même si le communiqué officiel était resté très prudent, le gouvernement grec avait fait savoir que le message du président US était dirigé contre l’austérité. Obama a, cette fois, enfoncé le clou publiquement. Et c’est Berlin – et le camp le plus dur au niveau européen – qui est visé assez nettement dans ce qui ressemble à une mise en garde. Ce n’est pas la première fois. Les USA suivent de près les évolutions en Europe. Et corrigent au besoin les hésitations ou errements européens.

Contreparties « sécurité ». Ce soutien très engagé du gouvernement américain au gouvernement Tsipras ne devrait pas cependant être sans contrepartie. Derrière le discours économique, les USA ont aussi des préoccupations plus sécuritaires : l’engagement de la Grèce à rester dans l’OTAN sans ambiguité, son soutien à une ligne dure contre la Russie comme l’installation d’une possible base de drones en Grèce sont au coeur de la discussion entre Athènes et Washington. La conversation entre Obama et Tsipras – au lendemain de son élection – avait, aussi, pour objet « la sécurité européenne » et la « lutte contre le terrorisme ». Là aussi, le nouveau gouvernement « Syriza » issu des urnes devra faire des « compromis »


Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).