2000 projets cherchent financement européen

(BRUXELLES2) Le paquet « Juncker » à « 300 milliards » pour relancer l’économie commence à se préciser (lire aussi : Le plan à 300 milliards de Jean-Claude Juncker. Comment çà marche ?). La Banque européenne d’investissements et la Commission européenne viennent de publier, mardi (9 décembre), une première liste de projets cherchant un financement européen. Un inventaire de l’excellence à l’européenne. Beaucoup de projets routiers, un peu moins ferroviaires, des centrales nucléaires ou solaires, et quelques, plus rares, projets innovants… Et les ministres de l’Economie et des Finances des « 28 » commençaient à débattre de l’idée d’investissements.

 

2000 projets sur la liste « d’or »

En tout, 2000 projets, représentant au total 1300 milliards d’euros. Soit largement plus que l’enveloppe disponible. Parmi eux, une trentaine de projets français dont plusieurs intéressent diablement le grand Ouest. Plusieurs projets de champs d’éoliennes au large de St-Nazaire (Loire-Atlantique) ou de Courseulles-sur-Mer (Calvados) figurent sur la liste « d’or » tout comme le projet « Port 2000 » du Havre ou la rénovation de terminaux maritimes à courte distance.

D’autres initiatives ont une dominante plus sociale, pour favoriser la rénovation urbaine des banlieues ou connecter les universités à l’image du projet « eCampus » mené à l’Université européenne de Bretagne. Quelques projets innovants sont mentionnés, tels la construction de navires du futur, moins énergivores et plus « verts ».

Déduire ou pas des chiffres du déficit ?

Le processus démarre. Et il reste de nombreux points à régler. Le diable se niche dans les détails… Notamment qui va décider des projets ? Ce qu’on appelle la « gouvernance » en langage européen. Certains ne font pas confiance aux experts de la banque, jugés trop éloignés des réalités. D’autres ont très peur de voir revenir les experts des Etats membres qui n’auront qu’une envie : privilégier les projets de leurs pays, ce qu’on appelle « le juste retour ».

Se pose ensuite la question des critères d’appréciation ? Sélectionne-t-on les projets sur la base de leur retour sur investissement ou également sur leur utilité sociale, collective. « Il faut mettre en place des procédures pour choisir objectivement les projets qui répondent mieux aux critères : efficacité, crédibilité, modernisation de la vie économique » souligne le ministre français des finances, Michel Sapin. « Il ne faut pas une lecture en obligation de financement de pourcentage, de quota par pays. Ce n’est pas possible. » Et d’ajouter : « L’important ce sont les projets portés par plusieurs pays, qui aient une valeur collective, transfrontalière : interconnexion ferroviaire, numérique, etc.

Enfin, y aura-t-il un « bonus » pour les Etats « investisseurs » ? Certains pays souhaiteraient, en effet, que l’argent public investi puisse être déduit des chiffres de la dette ou du déficit du pacte de stabilité.

Il y a urgence à décider

Mais pour Michel Sapin, le ministre français des Finances, l’important est ailleurs. « Le point clé est l’urgence. Il faut au moins que quelques projets soient mis en œuvre dès 2015. C’est en 2015 que nous avons besoin de croissance, pas en 2017. » Et de lancer « Utilisons déjà les premiers milliards, sans attendre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)
version longue d’un article paru dans Ouest-France

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).