Au Burkina, la tempête. L’UE appelle au calme

Le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, est aujourd'hui contestée
Le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, est aujourd’hui contestée

(BRUXELLES2) Après les fortes violences qui ont marqué la journée à Ouagadougou et dans tout le pays, faisant une trentaine de morts selon l’opposition, l’Union européenne a réagi, jeudi soir (30 octobre), par le biais du porte-parole de Catherine Ashton, affirmant « suivr(e) de très près les événements en cours ».

L’UE se dit « très préoccupée (*) par la situation actuelle et les informations faisant état de victimes suite aux violentes manifestations ».

L’Union européenne prête à faciliter le dialogue

Et l’Union européenne de lancer un appel au calme, et au respect par les forces armées des institutions civiles.

« Maintenant que la proposition de loi sur la révision de la Constitution a été retirée, nous appelons au sens de la responsabilité de toutes les forces politiques, de l’armée et des institutions républicaines ainsi que du peuple burkinabé pour construire ensemble un nouvel avenir pour le pays de façon apaisée et dans le respect des principes démocratiques et de la Constitution. »

L’Europe s’est montrée disposée à en faire plus.

« L’Union européenne est prête à intervenir pour faciliter ce processus. »

Un coup d’Etat

Cette prise de position est survenue juste au moment où le chef d’état-major de l’armée burkinabaise déclarait suspendre les structures démocratiques (dissolution de l’assemblée) et d’instaurer des structures de transition promettant un retour à l’ordre constitutionnel d’ici 12 mois. Ce qui ressemble à un véritable “coup d’Etat”. La situation est cependant assez confuse à Ouagadougou. Les déclarations successives du président Compaoré comme des armées étant contradictoires, notamment sur la mise en place de l’état de siège. Mais si cette situation devait perdurer, l’Union européenne pourrait entamer la procédure de suspension des accords de coopération (ACP), prévue en cas de défaillance démocratique et de coup d’état militaire.

Il ne manquait plus que cela

Dans une Afrique subsahérienne, du Sahel, prompte à tous les mouvements, le Burkina Faso représentait jusqu’ici un certain ilot de stabilité. Le Mali est toujours aux prises avec une guérilla rebelle, au nord du pays, aux confluents de mouvements autonomistes touaregs et djihadistes transnationaux, les derniers incidents où un militaire français est décédé l’ont prouvé (Lire : Violent accrochage entre la force Barkhane et des djihadistes au nord Mali. 1 militaire tué). Le Niger est convalescent. Le sud libyen est une zone hors contrôle. La présence de Boko Haram au nord Nigéria n’est pas vraiment maîtrisée et déborde sur le nord Cameroun. Un peu plus à l’est, la Centrafrique est dans un état toujours instable, etc. Bref. La révolte de la rue suivie d’une prise de contrôle par l’armée à Ouagadougou tombe mal.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Ce qui constitue le niveau 2 sur l’échelle de préoccupation européenne

(Maj 31.10 12h) Précisions données par la Commission sur le respect des institutions républicaines par l’armée (qui ne figurait pas dans la première version de la réaction européenne donnée jeudi soir)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).