A la prison centrale de Bangui

Prisonniers 2014-10-20 12.20a(BRUXELLES2 à la Maison centrale de Bangui). La prison a été prévue pour 300 prisonniers environ. Mais ils ne sont pas loin de 500 prisonniers sur place.

Une prison qui mixte tous les profils

Des criminels, des ex de bandes armées, séléka ou anti-balakas, éventuellement ou de simples pilleurs. Tout le monde est à peu près ensemble et cohabite sans problème aux dires des prisonniers. Ici, on ne mange qu’une fois par jour, vers 13h. « On ne mange pas assez ». Malgré tout, le régime ne semble pas drastique. Quand nous sommes arrivés, deux prisonniers étaient dehors, en train de porter les sacs de manioc moulu.

Je veux retourner à l’école

On y trouve des mineurs, de 14-15 ans, plus souvent de 16 ou 17 ans. C’est le cas de Yvon, 17 ans. « J’ai été arrêté pour un simple pillage de maison », avoue-t-il. « 8 mois que je suis là. Sans rien. Je voudrais retourner à l’école » plaide-t-il. « Je suis en 6e ». François lui clame sa totale innocence. « Je n’ai rien fait. On m’a raflé avec les autres. » Richard a juste profité de la confusion pour « aller prendre des choses dans une maison », dit-il.

Détenus
Yvons et Richard, près du moulin à manioc (situé sur le « trottoir » devant la prison)

Incarcérés sans mandat

La justice n’est, en effet, pas toujours passée par là. Certains sont emprisonnées depuis ou 9 mois sans un mandat de dépôt ni avoir vu un juge. Un fait confirmé. « Près de 100 personnes sont sans mandat » confirme le colonel qui commande le détachement militaire gardant la mission.

Prison sous haute garde

La prison est, en effet, placée sous une double surveillance, celle du ministère de la Justice à l’intérieur de la prison — 6 gardiens uniquement, non armés — et des militaires – plutôt puissamment armés — pour défendre un éventuel assaut ou essai de libération. Ce qui, vu l’ambiance du quartier, n’est pas une pure hypothèse théorique. Non loin de là, « Thierry » dit « 12 Puissance », le chef des anti-balakas locaux, du 7e arrondissement, a établi son quartier général, « juste à côté de l’association SOS » nous confiera un habitant un peu plus tard.

Reconstruire la chaîne pénale

C’est tout le problème de la chaîne pénale en cours de reconstitution qui est en cause. L’Union européenne mène différents projets : formation des magistrats, construction d’un nouveau tribunal, remise en état de la prison avec construction d’un mur d’enceinte et de dispositifs de protection… C’est essentiel. Les jugements des fauteurs de trouble ne sont pas en effet légions. Les raisons en sont multiples.

Une raison législative, tout d’abord. Un juge centrafricain ne peut pas se déplacer dans une prison, la loi ne lui permet pas. Il faut « entendre le suspect dans le cabinet du juge » plaide l’un d’eux. Une raison pratique aussi . Pour cela, il faut amener les prisonniers, donc des véhicules, du personnel sûr et des armes. Ce qui n’est pas évident à Bangui. Enfin, il existe une ambiance générale d’impunité. Les juges ont peur des représailles. Non sans motif. Certains ont été attaqués lors d’une audience récente. Les anti-balaka sont venus libérer l’un des leurs, manu militari.

En clair, Yvon et Richard ne semblent pas prêts de voir un juge…

 (Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).